Aller au contenu principal

Accessibilité et la promotion de l'aviron auprès des jeunes

Soumis par andredubus le
Question à M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, des Sports et de la Promotion de Bruxelles

M. André du Bus. – J’ai récemment eu l’occasion de rencontrer une série de personnes concernées, de près ou de loin, par la pratique de l’aviron dans le cadre du «grand handicap d’hiver». Cet événement lance la saison de l’aviron et se déroule chaque année, depuis longtemps, sur le canal de Bruxelles. Il rassemble tous les pratiquants de ce sport de la Communauté française de Belgique. Son coup d’envoi a été donné par le bourgmestre Yvan Mayeur. Le mois de février a été choisi pour l’événement pour rappeler que ce sport, peu connu, se pratique durant toute l’année.

Ce sport connaît un vif succès outre-Manche, mais il demeure trop confidentiel en Belgique. Il est néanmoins porteur de nombreuses valeurs, car il participe à la formation et à l’éducation des jeunes. En effet, les acteurs rencontrés sur le terrain ont fait l’éloge des vertus de la pratique de ce sport qui accroît la capacité de concentration des jeunes, génère une autodiscipline et renforce la cohésion de groupe et la solidarité entre coéquipiers. Comme le révèlent de nombreuses études, la pratique d’un sport en extérieur aurait des effets bénéfiques sur la santé physique et psychologique.

Depuis l’année dernière, la France rembourse la pratique de l’aviron dans le cadre d’un programme thérapeutique destiné aux patients au profil spécifique, entre autres dans certaines situations de handicap. Il a été démontré que la pratique possède des vertus thérapeutiques. L’émission «Thalassa» et la chaîne TF1 ont retransmis le film «Nous irons à Venise» qui montre des femmes atteintes du cancer du sein et pratiquant l’aviron depuis plusieurs années. Certaines patientes présentées dans le documentaire ont connu des évolutions heureuses grâce, entre autres, à l’exercice physique et à l’esprit de groupe engendré par cette discipline. Enfin, l’aviron invite les sportifs à redécouvrir la nature et à prendre le temps de contempler l’environnement.

Ces constats positifs et révélateurs m’amènent à vous interroger, Monsieur le Ministre, sur la promotion de l’aviron auprès des francophones. Le secteur peinerait à sensibiliser les jeunes à cette pratique, pourtant prometteuse à bien des égards. Il est néanmoins primordial que la politique sportive apporte une aide structurelle à la Ligue francophone d’aviron (LFA) qui compte aujourd’hui 800 membres. Pouvez-vous m’éclairer sur les moyens financiers et les aides spécifiques apportés à cette discipline? Des subsides sont-ils octroyés pour permettre à la Ligue d’investir dans l’achat de matériel sportif? Quelles sont les initiatives entreprises par l’Adeps pour faire découvrir ce sport aux jeunes?

En 2013, la Ligue bénéficiait d’une aide annuelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles de 161 000 euros pour développer un programme de sport de haut niveau. Qu’en est-il de ce programme à l’heure actuelle? Quels résultats a-t-il permis d’atteindre? Enfin, la question de faire de l’aviron une activité périscolaire, impliquant les écoles, fait débat au sein de ce milieu et elle m’a d’ailleurs été posée. Il s’agissait d’un objectif que votre prédécesseur souhaitait atteindre. Quelle est votre opinion à cet égard? Existe-t-il des journées dédiées à la découverte de l’aviron, proposées aux écoles? Sinon, comment comptez-vous renforcer ce type de partenariat?

M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, des Sports et de la Promotion de Bruxelles. – Monsieur le Député, vous me donnez l’occasion de mettre en évidence une discipline certes méconnue, mais porteuse de valeurs inversement proportionnelles à sa notoriété, à ses exigences physiques et psychologiques. La LFA compte moins de 800 membres répartis en 13 clubs. Outre les exigences de la discipline sportive, la difficulté d’accès aux plans d’eau ne contribue pas à augmenter le nombre d’affiliés.

Le soutien apporté par la Fédération Wallonie-Bruxelles à la Ligue en application du décret du 8 décembre 2006, qui lui reconnait sa qualité de fédération sportive, est de 118 284 euros en 2016; 77 216 euros ont été ou seront payés en 2017. Ce montant comprend des subventions forfaitaires, un soutien au plan-programme haut niveau, des subventions pour la formation des cadres et une subvention du non-marchand.

La diminution des subventions résulte de la baisse de son plan-programme «Haut niveau». Force est de constater le déclin des sportifs de haut niveau international dans cette discipline. La présence du dernier représentant francophone aux Jeux olympiques remonte à Sydney en 2000. Il s’agissait d’Arnaud Duchesne. Trois avironneurs ont bénéficié d’un contrat de sportif de haut niveau: François Libois, Gilles Poysat et Marine Lewuillon, fille d’Alain Lewuillon qui a participé aux Jeux olympiques de Séoul en 1988 et de Barcelone en 1992 et qui est le directeur technique actuel de la LFA. À ce jour, six sportifs bénéficient d’un statut d’espoir sportif.

L’aide de mon administration via le subventionnement de l’achat de matériel sportif se traduit par la mise à disposition de la Ligue d’une dizaine d’ergomètres, acquis par mon administration sur fonds propres. Elle se concrétise également par des subventions pour plusieurs clubs qui représentent 75 % du montant payé pour l’achat de matériel d’aviron. Cette aide est accordée en application de l’arrêté du gouvernement de 2001 qui fixe les conditions d’octroi de subventions pour l’achat de matériel. En 2016, quatre clubs ont reçu un montant de 37 932 euros et, en 2017, un club a reçu un montant de 30 770 euros.

Je tiens à souligner l’attachement historique de l’administration générale du Sport a à cette discipline. L’aviron est essentiellement organisé au Centre nautique La Marlette à Seneffe. Dans le passé, l’ADdeps disposait d’une base nautique à Anderlecht près du CERIA, mais les activités y ont été arrêtées pour des raisons de sécurité et d’accessibilité du canal. Le centre Adeps de Seneffe a été créé en 1967, principalement dans le but de promouvoir l’aviron et en raison de sa proximité avec le canal Bruxelles-Charleroi. En effet, celui-ci présente de longues et larges lignes droites et est donc bien adapté à la pratique de l’aviron. Depuis sa création, le centre ADEPS de
Seneffe accueille des stages d’aviron, pendant les congés scolaires, ainsi que des activités de découverte, durant toute l’année, pour les établissements scolaires.

L’initiation à ce beau sport olympique est ingrate, car elle nécessite une méthodologie de l’apprentissage analytique. Les progrès sont lents au départ et l’offre au public en tient compte. Les stages d’initiation sont proposés aux adolescents dès l’âge de 12 ans, en juillet et août uniquement, pour des raisons de conditions météorologiques. L’an dernier, vingt stagiaires ont participé aux stages; un stage supplémentaire est programmé en 2017. Le centre Adeps accueille la LFA pour des stages de préparation et pour les cours de formation des moniteurs sportifs.

M. André du Bus. – Monsieur le Ministre, je voudrais réagir sur plusieurs points que vous avez énoncés dans votre réponse.

Tout d’abord, l’initiation à l’aviron est plus accessible que d’aucuns l’imaginent. D’après les renseignements que j’ai recueillis, un jeune devient autonome sur une embarcation au terme de quatre séances de quelques heures. Par ailleurs, l’initiation est très accessible d’un point de vue financier, puisque les clubs proposent ces quatre séances à un prix situé entre 50 et 200 euros. La cotisation annuelle tourne quant à elle autour de 200 euros. En outre, la plupart des sportifs n’ont pas besoin de se procurer leur propre embarcation ou matériel, car les clubs sont bien équipés grâce aux subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les clubs reconnaissent que les subventions à l’acquisition sont suffisantes. Aucune plainte ne m’est d’ailleurs parvenue à ce sujet et j’en déduis que le financement du matériel est donc adéquat.

Ensuite, la sensibilisation des jeunes est totalement insuffisante. Vous évoquiez l’influence de la météo, mais cet élément ne doit pas décourager la pratique de l’aviron. Si, dans mon introduction, je spécifiais que l’action «grand handicap d’hiver» se tient au mois de février, c’était pour démontrer que l’aviron se pratique toute l’année, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. La seule condition météorologique qui en empêche la pratique est le gel des plans d’eaux.

La ville de Bruxelles dispose d’un canal qui constitue un excellent plan d’eau, dans les deux sens, en amont comme en aval. Le Cercle des régates de Bruxelles, à Anderlecht, dispose d’infrastructures remarquables et fonctionne à merveille. Le décor n’est plus l’environnement industriel de la ville, mais bien un cadre vert situé en dehors de l’agglomération. De plus, le canal coule en bordure de Molenbeek et d’Anderlecht, qui sont des communes dont la population pourrait être davantage sensibilisée à la pratique d’un sport porteur de valeur.

J’ai établi des contacts avec les autorités communales de Molenbeek et le Cercle des régates pour réfléchir à la possibilité d’accueillir des jeunes et de les initier à ce sport. Une fois que le projet sera plus abouti, les acteurs reviendront vers vous avec un projet plus détaillé qui part du constat que ce sport est éminemment porteur de valeurs telles que la solidarité. Tous les sports le sont, mais certains – comme l’aviron – le sont plus que d’autres.

Commentaires

Alain Lewuillon (non vérifié)

Merci pour cette interpellation du ministre et pour ce projet d'initiation des jeunes de Molenbeek au Cercle des régates.
Je suis bien sûr preneur pour toute initiative allant dans le sens d'une sensibilisation des jeunes et d'une extension de notre beau sport.
Cordialement

mer, 19 Avr 2017 - 19:42 Permalien