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Au Sénat, deux jours consacrés au Service Citoyen

Soumis par andredubus le

S’investir six mois pour une cause sociale, culturelle, environnementale ou sportive … Les jeunes en veulent !

Aujourd’hui deux jeunes sur trois souhaitent l’instauration d’un Service Citoyen. C’est ce qui ressort de la dernière enquête sur le sujet(1). Et les jeunes ne manquent pas d’arguments pour motiver cette demande. Les témoignages partagés au Sénat par ces jeunes qui ont entre 18 et 25 ans sont éloquents.

Ainsi Maïté, CESS en poche et titulaire d’une formation d’animatrice en art du spectacle et en audiovisuel, se posait mille questions sur son avenir, principalement professionnel. Il faut dire qu’elle est porteuse d’un handicap physique, lourd, très lourd. Elle souhaitait savoir si son handicap n’était pas un empêchement majeur pour tenir sept heures dans un environnement de travail. Elle a entendu parler du Service Citoyen. Occasion de donner et de recevoir. Elle le termine actuellement et, à voir son sourire, les réponses qu’elle attendait à ses questions premières sont positives. Oui, elle est capable de déployer ses compétences dans un milieu professionnel.

Abdul Rachid a été demandeur d’asile. Il a connu le parcours chahuté de ces jeunes qui vont de centre en centre, sont un jour déboutés et sommés de retourner dans leur pays d’origine, passent deux ans dans la rue illégalement avant de finalement bénéficier du statut de réfugié. Il a décidé d’apprendre le néerlandais, ce qui lui a ouvert l’accès à une fonction de moniteur sportif à Anvers via la plateforme néerlandophone du Service Citoyen. Occasion d’étendre son réseau social et de collaborer avec d’autres dispositifs d’aide aux jeunes. Il a appris le fonctionnement des institutions belges, à travailler en équipe, et exprime fièrement qu’il a développé une vision de la culture belge et flamande.

Justine fait partie du petit pourcentage de stagiaires hautement diplômés du Service Citoyen. Master en sciences po, elle reconnaît ne pas s’être assez interrogée sur le sens de son diplôme et son projet professionnel. Ce qui l’a menée, diplôme en poche, à se sentir désemparée face à son avenir. Elle a galéré pendant 11 mois à la recherche d’un emploi, ne recevant – rarement – que des réponses négatives. Elle avait perdu toute confiance en elle et ne se sentait exister pour personne. Après avoir entendu parlé du programme, et après avoir rencontré un membre de la Croix Rouge, elle y effectue un Service Citoyen depuis quatre mois. Le résultat est à la mesure de son enthousiasme : elle vit une véritable expérience de terrain, elle découvre quelque chose qui lui plaît, elle voit clair sur son avenir, a retrouvé confiance en elle, se sent utile, a finalement bien géré son échec initial en découvrant la valeur de l’intégration dans un groupe hyper diversifié et solidaire. Elle ne sait pas ce qu’elle serait devenue sans le Service Citoyen!

Sarah, syrienne, réfugiée, apprend le français depuis un an et demi, s’excuse pour son mauvais français – on rit pour elle tellement son français est au top !-, est arrivée en Belgique seule, laissant derrière elle sa famille, sa maison, ses amis. Elle a débarqué ici comme sur une autre planète, faisant d’elle une personne totalement isolée. Mais elle a noué des contacts avec une responsable du Service Citoyen, a réalisé une mission au cours de laquelle elle a pratiqué le français, pour finalement, au terme du programme, réaliser son rêve : s’inscrire à l’université. Elle prétend que le Service Citoyen lui a donné plus que ce qu’elle n’a donné, sans se rendre compte que par son engagement ou par ce témoignage émouvant, elle le lui rend au centuple. Elle conclut en clamant « Je m’appelle Sarah et je suis membre de la famille du Service Citoyen ! » Applaudissements nourris sur les bancs sénatoriaux qui ont dû être dédoublés vu le succès du colloque qui s’est déployé sur deux jours.

La demande vient donc des jeunes et le politique doit y répondre ! Plusieurs intervenants étrangers sont venus exposer les programmes organisés par nos pays voisins. En France ce sont aujourd’hui 95.000 jeunes, en Italie 49.000 jeunes, en Allemagne 101.818 jeunes, qui sont inscrits dans des programmes de Service Citoyen. En Belgique, comme le programme n’est pas institutionnalisé (pas de cadre légal ni de budget d’Etat), on ose à peine citer le chiffre : ce sont seulement 280 jeunes qui consacrent six mois de leur temps au bénéfice de la collectivité tout en bénéficiant d’un processus de formation.

La définition internationale(2) du Service Citoyen rappelle qu’un Service Citoyen ou Civique ou Civil se caractérise par les critères suivants :

  • il s'adresse toujours aux jeunes
  • il leur propose un engagement dans des projets d'utilité collective (pour le bien commun)
  • il est l'occasion d'un développement personnel, d'acquisition de compétences et de savoir être
  • il peut être volontaire ou obligatoire
  • il requiert un engagement à temps plein et pendant un temps long (minimum 6 mois)
  • il donne aux jeunes les moyens de subvenir à leurs besoins
  • et il est impulsé et soutenu par l'État

Le constat partagé par tous les intervenants est unanime : cette expérience transforme le jeune de façon durable en le sensibilisant aux enjeux du monde associatif et des multiples dispositifs œuvrant pour l’intérêt général, en lui (re)donnant confiance en lui, et en lui fournissant une série de clés pour son émancipation personnelle. Preuve que le sujet peut transcender les clivages politiques, la nouvelle loi du service civique en France a recueilli l’unanimité. C’était en 2010. Aujourd’hui Macron vise, au-delà du programme national, 200.000 jeunes qui effectuent ce Service Citoyen dans le cadre d’échanges transnationaux, mettant ainsi la mobilité des jeunes au cœur de leur expérience d’apprentissage. L’Allemagne propose sept programmes distincts de Service Citoyen. L’Italie, dans une longue tradition d’objection de conscience et d’éducation à la paix, a offert de nouvelles perspectives de Service Citoyen sous l’impulsion de Mateo Renzi.

En Belgique les principales résistances se nichent du côté du secteur du volontariat et de quelques organisations de jeunesse qui craignent l’émergence d’une concurrence déplacée. Or, l’exemple français le démontre avec clarté, ceux qui hier militaient contre le Service Citoyen – soit une partie du secteur associatif et du volontariat- sont les premiers à le défendre aujourd’hui. Parce que le Service Citoyen ouvre la porte à l’engagement associatif dans la durée. De fait, nous disent-ils, de nombreuses personnes ayant effectué un Service Citoyen s’engagent par la suite comme bénévoles dans une association.

Lors de la table ronde finale et conclusive, qui a rassemblé les représentants de plusieurs ministres, tous niveaux de pouvoir confondus, l’avis était unanime : il faut soutenir et renforcer le Service Citoyen (sur base volontaire, uniquement). Reste à en déterminer les modalités pratiques : statut et financement. Il se dit que la majorité fédérale avance sur une proposition concrète. Ce serait une bonne chose, même s’il faut rester vigilant sur la nature de ce statut, et s’assurer qu’il correspond bien à l’ADN du Service Citoyen. Il faudra aussi assurer la coordination avec les Communautés et les Régions qui en seront, demain, les opérateurs de terrain.

Sous l’impulsion principale du cdH et de Défi, Bruxelles et la Wallonie sont déjà en ordre de marche.

André du Bus

1 Génération What, http://generation-quoi.rtbf.be/portrait/data/all
2 International Association for National Youth Service

Commentaires

Xavier (non vérifié)

Bravo pour l'action menée au profit du Service Citoyen et ces temoignages enthousiastes. Xavier

ven, 19 Mai 2017 - 09:14 Permalien
André du Bus (non vérifié)

Merci Xavier, reste le plus important: aboutir à une décision politique. Cela fait presque vingt ans que le sujet est sur la table. C'est une de mes premières propositions de loi, déposée à la Chambre en 1999...Depuis lors le concept a évolué et a trouvé ses repères, grâce principalement à la Plateforme pour le Service Citoyen qui fait un travail remarquable. Les pays voisins avancent, eux, avec détermination...

ven, 19 Mai 2017 - 15:20 Permalien