Intervention lors de la Déclaration de Politique Générale et Budget 2017 au Conseil communal d'Etterbeek
Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Membres du Collège, Chers Collègues,
Au nom de mon groupe je remercie les services pour la communication des différents documents, pour la qualité de ces documents et, en général pour la disponibilité des services à l’égard des conseillers communaux.
Vous savez que la DPG est un document attendu, avec impatience. Car il reflète l’état d’avancement d’une série de dossiers, et il traduit l’importance qui leur est accordée. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que nous avons lu ce document qui reste hautement instructif.
Avant de rentrer dans le détail, je formulerai trois commentaires d’ordre général. D’abord l’inégalité de traitement des multiples sujets politiques abordés. Certains sujets font deux lignes, d’autres plusieurs pages. Par exemple le point relatif à l’Agence immobilière sociale prend une demi ligne, 5 mots pour être précis « Développement du projet intergénérationnel d’Etterbeek », sans plus, sans aucune indication stratégique. A l’inverse le point portant sur la Prévention est développé à travers 14 pages précisément, soit un quart de l’ensemble du document.
Il y a donc un déséquilibre manifeste.
Le deuxième commentaire porte sur l’introduction progressive mais totalement inégale de l’évaluation. A plusieurs reprises on peut lire que telle action a fait l’objet d’une évaluation et qu’un nouveau projet résulte de ce travail réflexif. C’est particulièrement intéressant au début du document dans la partie consacrée au services du département « population-état civil et étrangers » : l’évaluation est largement présente et annonce de façon très claire les nouvelles initiatives, par exemple la mise en place du « Welcome pack ». Mais cette culture de l’évaluation est inégalement intégrée par les différents services, voire inexistante, ce qui se traduit par une absence totale de perspective intéressante, par l’absence de souffle. Par exemple, en matière de soutien aux académies, on peut lire : soutenir les acteurs de terrain, susciter et récompenser les talents, veiller au plein épanouissement des professeurs et élèves. C’est un tissu de banalités. On croit rêver.
Le troisième commentaire porte, à une exception près -celle du Contrat de Quartier Durable-, sur l’absence totale de la moindre évocation budgétaire dans le document. Je reprends l’exemple de la prévention : de nombreuses actions récentes ou nouvelles sont confirmées, sur quinze pages, mais où se retrouvent-elles dans les chiffres budgétaires ? A contrario, on devine bien que la participation à la construction du nouveau centre administratif est lourde, budgétairement parlant. Mais ce point n’est développé que sur une ligne.
J’imagine bien qu’il n’est pas facile de faire coller tous ces morceaux ensemble. Mais nous pensons que c’est précisément tout l’intérêt du pouvoir communal de réussir à intégrer ces multiples dimensions au sein d’un seul document, cohérent, équilibré et lisible. Nous invitons donc le Collège à confier la plume du prochain document à une seule et même personne, de façon à pouvoir sentir le souffle d’une volonté politique intégrée et illustrée par quelques chiffres.
J’en viens à quelques remarques plus précises.
Page 3, j’ai déjà dit tout le bien de l’évolution des trois services à la population. Attention cependant à ne pas tomber dans la politique du gadget en multipliant la politique de St Nicolas : offrir des bons de réduction, des chargeurs de gsm, des bavettes et des bodys aux nouveaux-nés… Je ne sais pas si c’est très sérieux. Tout comme la multiplication des Etterbeekois mis à l’honneur, en fonction de l’ancienneté dans la commune, de la longévité du mariage, de l’âge (il est question de bébés), des indépendants, des entrepreneurs, on se demande finalement qui n’aura pas été mis à l’honneur. Tout cela finit par ressembler à une belle entreprise de promotion électorale. Notez que nous disions déjà cela l’année dernière, sans beaucoup d’effets visiblement...
Page 4, il est question de mettre l’accent sur le maintien à domicile des personnes âgées. Fort bien, mais comment ? Aucune indication ! Est-ce via un soutien au logement inter générationnel et lesquels (un toit deux âges, logement kangourou, habitat partagé?), ou par une meilleure information des services d’aide à domicile… ? L’intérêt de l’exercice réside précisément dans les réponses opérationnelles.
Il est aussi mentionné la poursuite de l’Observatoire Etterbeekois de la santé et du social. Fort bien, vous connaissez l’intérêt que nous portons aux travaux de l’Observatoire. Mais comment les études menées par l’Observatoire ont-elles pu alimenter la ou les politiques locales ? C’est cela qui serait intéressant de lire ou d’entendre.
Les enjeux du Vivre ensemble sont fondamentaux, un nouveau projet sera mis sur pied, pouvons-nous en savoir davantage ?
Les Bénévoles-volontaires sont également repris. Quel est le nombre actuel de bénévoles qui se sont signalés au service de coordination, et quels sont les secteurs les plus investis ? Il serait très instructif de comprendre comment se développe cette politique qui intéresse de nombreuses personnes.
Je l’ai déjà dit, le volet Prévention est largement investi. En ce compris les nouveaux enjeux portant sur la lutte contre le radicalisme. Par une sensibilisation et une formation des différents acteurs de terrain. Nous pensons que ce sujet est aujourd’hui capital et qu’il mérite une réflexion stratégique. Pouvez-vous nous développer la stratégie actuellement en cours. Par exemple rien n’est évoqué à propos des autres acteurs de proximité que sont les aides familiales du CPAS. Or, l’expérience tirée des pratiques dans d’autres communes démontre que ce personnel se trouve confronté à des situations embarrassantes, avec la découverte de familles qui sont en proie avec de véritables questionnement à ce propos. Et que dans ce contexte les questions de loyauté et de secret professionnel se posent. Comment ces questions sont-elles gérées ? Tout comme je ne vois aucune allusion à la sensibilisation des enseignants à ce sujet. Il existe bien des actions à l’égard des élèves, mais quid des enseignants qui se trouvent parfois confrontés à des profils de jeunes qui méritent une prise en charge spécifique ?
Autre point positif, la description du Volet Médiation scolaire. Il s’agit d’un excellent descriptif.
A propos de la sanction des incivilités, nous cherchons vainement la logique de sanction. Rien dans le texte ne permet de comprendre que de réelles sanctions sont appliquées, alors que le dispositif existe et que les agents constatateurs sont bien réels.
Le chapitre consacré aux Classes Moyennes reste une curiosité. Il s’agit d’un catalogue d’actions déjà réalisées, sans aucune indication de priorité et de projet spécifique. Je pense que les Classes Moyennes méritent mieux que quelques subsides et des décorations de Noël.
J’en viens aux Marchés. Pour quelle raison le marché Leman du vendredi a-t-il été temporairement supprimé ? Quelle évaluation le Collège fait-il de ce marché à propos duquel j’entends beaucoup de critiques négatives ?
La politique sportive souffre du même syndrome que la politique des classes moyennes : aucune priorité, un catalogue d’actions, sans aucune réflexion. Ce n’est pas normal. Quand on sait ce que représente le sport comme vecteur de cohésion sociale et comme instrument de promotion de la santé, ce chapitre mérite d’être amplement développé. Je vous donne un exemple, on commence à réfléchir sur l’implantation des petits espaces/terrains de sport dans certains quartiers de la ville qui ne sont fréquentés que par un seul type de population. Avec le constat que ces activités entretiennent et renforcent l’entre soi des jeunes et ne leur permet pas de s’ouvrir à d’autres réalités, d’autres cultures.
Le sport est donc un sujet qui ne se gère pas seulement du bout du pied ! Il mérite une véritable réflexion.
A propos de la jeunesse, nous lisons qu’il est question de la création d’un conseil des enfants. Fort bien mais où en est le projet repris dans la DPG de l’année dernière où il était annoncé la création d’un conseil consultatif de la jeunesse. Et j’ajoutais, l’année dernière donc « nous soutenons cette initiative tout en souhaitant qu'elle ne connaisse pas le sort funeste du projet de conseil communal des jeunes évoqué il y a déjà plusieurs années ». Nous ne sommes informés de rien depuis lors... tout cela ne serait-il que du vent ?
Les trois paragraphes sur les bibliothèques restent un chef d’oeuvre de clarté et de concision. Tout est dit en quelques lignes. Les enjeux et les nouveautés. On devine une gestion saine et performante de ce secteur. Bravo !
Tout comme le programme intitulé « Egalité Femmes-Hommes », beaucoup plus long, mais très clair, instructif et prospectif.
En matière de tourisme, nous apprécions l’idée des sets de table etterbeekois pour l’HORECA.
Le chapitre sur la santé reste curieusement balbutiant. On cherche les liens avec les fiches santé développées par l’Observatoire du social et de la santé…, on cherche les liens avec les initiatives menées par l’échevine du Développement Durable en termes d’alimentation par exemple… toutes des choses intéressantes, porteuses de sens, de souffle nouveau, mais visiblement le scribe de ce chapitre était en panne d’inspiration.
Passons sur le chapitre Histoire et Patrimoine, quatre lignes d’existence ! Cinq si je compte celle-ci…
Les travaux publics évoquent la politique de rénovation des trottoirs. J’entends malheureusement beaucoup de critiques, principalement sur l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Ce qui est en partie injuste car je sais que le service y est particulièrement attentif. Le conseil consultatif des aînés est-il suffisamment impliqué/consulté à ce propos ? Il y aurait sans doute intérêt à le faire. Autre réaction que je vous partage : la pauvreté des matériaux utilisés tout comme leur mise en œuvre. Ne serait-il pas possible de réfléchir à une utilisation plus riche sur le plan esthétique ?
La propreté publique avait fait l’objet d’un très bel exposé voici trois ans. Il serait intéressant de connaître les résultats des évaluations déjà menées. Les indicateurs existent, le document y fait référence, mais on ne voit pas très clair sur les liens entre ces indicateurs et les nouvelles actions projetées, également en termes de verbalisation.
Je termine avec l’Observatoire du Logement. J’ai le souvenir que la lutte contre les immeubles vides et inoccupés faisaient l’objet d’une politique volontariste. Ne serait-ce plus le cas ?
Ma collègue Kathy Mottet prendra la parole à propos du budget tandis qu’Edoardo Traversa s’exprimera à propos de la fiscalité, plus spécifiquement relative au précompte immobilier. Notre collègue Damien Gérard s’est déjà exprimé à propos du Contrat de Quartier Durable pour vous partager tout le bien que nous en pensons.
Mesdames, Messieurs, cette Déclaration de Politique Générale reste éloquente des points forts et des points faibles de la politique communale. Nous continuons à penser qu’il est toujours possible de mieux faire. Même si la critique est aisée et l’art difficile, les Etterbeekois mériteront toujours mieux !
Je vous remercie pour votre attention,
André du Bus
Le 28 novembre 2016