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Accès de mineurs à des contenus pornographiques

Soumis par andredubus le
Question à Madame Alda Greoli, ministre de la Culture et de l'Enfance

M. André du Bus. – Je n’ignore pas que des mesures sont prises pour objectiver et limiter l’impact des écrans sur la santé de nos enfants en encourageant leurs parents à être vigilants. Je pense plus particulièrement à la campagne « Maîtrisons les écrans » de Yapaka, qui proscrit la télévision avant trois ans, les consoles de jeu avant six ans, l’utilisation d’internet par l’enfant seul avant neuf ans et les réseaux sociaux avant douze ans. De son côté, l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) produit également son lot d’outils à l’attention des parents, mais il cible aussi les professionnels de l’enfance qui interagissent avec les familles dans une perspective de soutien à la parentalité.

Pourtant, je ne peux rester sans réaction devant une chronique récente au titre évocateur: « 70 % des vidéos pornos sont visionnées par des enfants sur les smartphones: il faut arrêter ça! »
Ce chiffre est accablant et les constats posés par la chroniqueuse font froid dans le dos. Quand on lit que « 70 % de l’éducation sexuelle des jeunes est faite via les vidéos pornos » et que « 50% des jeunes pensent que celles-ci sont réalistes », il y a de quoi s’inquiéter. Pour moi, il faut remettre l’ouvrage sur le métier. J’évoquais il y a un instant les campagnes de l’ONE et de Yapaka, et je peux également citer l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) en milieu scolaire au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Par ailleurs, ce problème dépasse largement les compétences de notre niveau de pouvoir, raison pour laquelle je veillerai à ce que ce débat soit également porté devant la Chambre des représentants.

Entre-temps, Madame la Ministre, quelle est votre marge de manœuvre devant cette facilité d’accès des mineurs à des contenus pornographiques? Outre le travail mené par rapport aux écrans, existe-t-il une action préventive liée aux contenus qui sont véhiculés par ceux-ci? Disposez-vous de statistiques qui corroborent les chiffres de la chronique? Quelles sont les pistes que vous proposez pour lutter contre ce fléau?

Mme Alda Greoli, ministre. – Je tiens à rappeler que seul le Gouvernement fédéral peut prendre des mesures visant à interdire ou limiter l’accès de certains contenus présents sur internet. Le rôle principal de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) en la matière est de diffuser des messages généraux sur l’usage des écrans et leurs impacts possibles ainsi que sur les risques qui y sont associés. Des professionnels de l’ONE veillent à (co-)construire et proposer des outils destinés aux parents et professionnels en contact avec ceux-ci, afin de maximiser les aspects préventifs et la connaissance des risques d’exposition des mineurs aux messages véhiculés, qu’ils soient de nature pornographique ou non.

L’ONE attire par ailleurs l’attention sur le fait que la famille et les parents sont les principales personnes de référence en ce qui concerne la protection de leur enfant face à ces images. L’idée est donc de véhiculer des messages préventifs cohérents auprès des professionnels afin qu’ils puissent, à leur tour, transmettre ces informations aux familiers des mineurs.

Dans ce processus, il est essentiel de veiller à la bonne compréhension et à l’usage des dispositifs de contrôle parental destinés à protéger les mineurs de contenus potentiellement heurtants. Il est vrai que les nouvelles technologies sont omniprésentes dans la société actuelle. L’important est donc d’accompagner les parents et non d’accentuer leurs craintes. Il s’agit plutôt de les inviter à un usage raisonné et apaisé des nouvelles technologies. Par ailleurs, les recommandations formulées par l’ONE lors de sa campagne en faveur du bon usage des écrans mettent clairement l’accent sur des attitudes de prévention que parents et professionnels peuvent développer à l’égard de l’enfant.

L’ONE collabore également avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui a également formulé des recommandations sur les dangers de certains messages mis à disposition au travers des écrans. Encourager les parents à sensibiliser l’enfant ou le jeune à l’existence et aux effets de ces contenus dans un cadre sécurisant et clair peut aider ce dernier à adopter progressivement des pratiques réfléchies et à prendre du recul lorsqu’il surfe sur la toile.

Enfin, si un mineur se voit confronté à des contenus pornographiques, il existe une série d’attitudes parentales pouvant prévenir un choc émotionnel trop important et favoriser le développement d’un avis critique. L’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) qui se vit entre autres à l’école indique bien l’esprit souhaité. L’EVRAS permet de dialoguer sur ce sujet et d’amener les jeunes à parler de leurs représentations et à faire évoluer celles-ci. Ces moments sont essentiels dans le façonnement de la représentation des jeunes.

Même si ce n’est pas dans mes compétences, j’aimerais mettre en avant l’ensemble du travail des mouvements de jeunesse et des organisations de jeunesse en matière de sensibilisation parce qu’ils développent eux aussi des outils essentiels dans ce cadre.

M. André du Bus.– Oui, je sais qu’un pan important de cette problématique relève du gouvernement fédéral. Cela étant, vous faites référence aux outils mis en place par l’ONE pour renforcer les processus d’accompagnement, donc de tout ce qui relève de l’aide à la parentalité. Je vous entends bien. Je me demande simplement si toutes ces actions menées par l’ONE sont soumises à une procédure d’évaluation.

J’entends dans votre réponse que l’ONE est totalement conscient des enjeux et dispose d’outils pour mener à bien sa mission, mais la question est de savoir si ces outils font l’objet d’une évaluation permettant, au besoin, de les faire évoluer pour répondre aux questions qui émergent dans notre société.