Question à Madame Cécile Jodogne, ministre en charge de la Santé
M. André du Bus.- J'ai lu dernièrement dans la presse que des chercheurs de l'université de Lund, en Suède, proposaient d'abandonner la classification du diabète en deux types, qu'ils considèrent comme trop simpliste.
Vous le savez, le diabète de type 1 touche environ 10% des cas et apparaît chez l'enfant et le jeune adulte. Il est la conséquence d'une production insuffisante d'insuline. Le diabète de type 2, plus fréquent, est principalement dû à un manque d'exercice physique, à une surcharge pondérale et à des problèmes d'alimentation.
Pour arriver à leurs conclusions, les chercheurs ont analysé les données de 14.775 patients diabétiques adultes. Ils ont utilisé six mesures différentes pour créer de nouvelles catégories de diabète : l'âge au moment du diagnostic, l'indice de masse corporelle, l'hémoglobine glyquée, la production d'insuline dans les cellules bêta du pancréas, la résistance à l'insuline et enfin la présence d'auto-anticorps dirigés contre les cellules bêta.
Afin de compléter ces analyses, ils ont également tenu compte des caractéristiques génétiques de chaque patient, ainsi que de l'évolution de la maladie, sa prise en charge et ses complications.
Les résultats de la recherche, publiés dans la revue spécialisée The Lancet, soumettent ainsi l'idée d'affiner la classification actuelle en cinq catégories distinctes, trois sévères et deux plus modérées. La première de ces nouvelles catégories correspond au diabète de type 1, les quatre autres constituent des sous-groupes du diabète de type 2, avec chacun des caractéristiques particulières.
L'une des catégories se caractérise par un risque supérieur de rétinopathie. Une autre concerne des patients obèses et est marquée par une importante résistance à l'insuline, accompagnée d'un risque élevé d'atteinte rénale. Quant aux deux catégories moins sévères, la première regroupe des patients obèses qui développent la maladie à un jeune âge et la seconde et dernière catégorie concerne le groupe le plus nombreux, celui des patients plus âgés.
Comme vous le savez, le diabète représente un problème de santé majeur. D'ici 2050, un Belge sur trois en sera atteint. Il est d'autant plus intéressant de prendre en considération les résultats de cette étude que les chercheurs soulignent que la classification n'a pas évolué depuis vingt ans. En outre, cette nouvelle classification permettrait d'affiner les traitements et d'identifier les patients qui présentent le risque le plus élevé de complications, afin de pouvoir les suivre de manière spécifique.
J'aurais donc aimé savoir, Mme la ministre, si vous aviez pu prendre connaissance des résultats de cette étude, ce que vous en pensiez, si vous comptiez prendre ces résultats en considération dans le cadre de futures campagnes de prévention et de dépistage du diabète et si vous en avez discuté avec les acteurs du secteur, notamment le Réseau santé diabète. Une discussion sur cette recherche est-elle envisagée au sein des groupes de travail de la conférence interministérielle de la santé publique ?
M. le président.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- J'ai effectivement pris connaissance d'une synthèse des résultats de cette étude et de commentaires formulés à son propos dans des revues scientifiques. Toute avancée permettant de mieux connaître le grave problème de santé publique qu'est le diabète est évidemment positive, et cette étude va vraisemblablement dans ce sens.
Des spécialistes de la question m'ont cependant informée du fait qu'il existait déjà certaines sous-catégories avant la parution de ladite étude. Ces résultats devront être discutés au sein de la communauté scientifique et leur validité pour d'autres populations devra être analysée avant d'en tirer des implications générales.
En effet, un article scientifique, aussi crucial soit-il, ne fait pas une politique. Les organismes de santé publique internationaux doivent s'en saisir pour en déduire les implications éventuelles en matière de prévention, de diagnostic et de soins.
En ce qui concerne plus spécifiquement mes compétences, j'estime pour l'instant que les priorités du Plan de promotion de la santé en matière de promotion d'une alimentation équilibrée et d'une activité physique régulière restent pleinement d'actualité.
Les auteurs de l'article évoquent d'ailleurs les implications de leurs résultats en termes de traitement précoce dans le domaine de la médecine de précision. Le plan que je mets en œuvre s'attache bien plus aux déterminants de problématiques de santé telles que le diabète et ses liens avec le surpoids et l'obésité, notamment.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Je comprends bien qu'un article scientifique ne détermine pas une politique. C'est vrai.
Ceci étant, ce que j'ai trouvé de particulièrement intéressant dans cet article, c'est qu'il permettait de mettre le doigt sur une réalité vécue par des patients diabétiques qui ne comprennent pas toujours comment le traitement qui leur est proposé peut différer d'un patient à l'autre et la façon dont leur diabète évolue car il y a peu de mots qui sont aujourd'hui proposés pour décrire cette réalité.
C'est cela qui est intéressant : aujourd'hui, on peut mettre des mots sur des réalités vécues de façon différente par des patients diabétiques et on apprend que ce vécu diabétique pourrait répondre à une nouvelles classification. La lecture de cette étude est intéressante car elle permet précisément aux patients à la fois de mieux comprendre ce qu'ils vivent, de prendre en charge leur maladie et de prévenir une série de conséquences pathologiques qui surviennent de façon différenciée.
Comme toutes les études, la présente étude va vivre et donner sans doute lieu à d'autres études. Progressivement, les choses vont s'affiner. Il est donc intéressant que le politique soit informé et puisse anticiper certaines choses.