Question à Madame Cécile Jodogne, ministre en charge de la Santé
M. André du Bus.- Je reviens sur un sujet qui m'est particulièrement cher, à savoir le lien entre l'activité physique, le sport et la prévention ou la gestion du cancer. J'ai à plusieurs reprises fait référence aux études de cet institut de Stockholm précurseur dans l'identification des mécanismes de l'expression génétique dans certains cancers, et le lien établi avec l'activité sportive. Il a démontré que cette dernière pouvait jouer un rôle de prévention dans l'évolution du cancer.
Une nouvelle étude a été publiée le vendredi 23 mars par un grand institut britannique indépendant de recherche sur le cancer. Elle affirme que quatre cas de cancer sur dix pourraient être évités en adoptant un mode de vie plus sain. Mieux encore, plus de 135.000 cas de cancer pourraient être évités tous les ans, soit 2.500 par semaine, rien qu'au Royaume-Uni.
La recherche démontre que l'exposition au tabac et à sa fumée constitue le principal facteur de risque de cancer. On en dénombrait 54.000 au Royaume-Uni en 2015. À ce sujet, la principale auteure de l'étude, le docteur Katrina Brown, atteste le lien entre les cancers du poumon, de la vessie, de l’œsophage et de l'intestin avec le tabagisme. Le second facteur de risque est le surpoids, qui est d'ailleurs à l'origine de 22.800 cancers au Royaume-Uni.
L'obésité et le surpoids peuvent causer des types variés de cancer, dont celui de l'intestin, du sein, de l'utérus ou des reins. Selon le directeur général du Centre britannique de recherche sur le cancer, Harpal Kumar, si l'on n'y prête pas plus attention, l'obésité pourrait supplanter le tabac dans les vingt prochaines années.
Pour endiguer ce véritable danger pour la santé publique, les chercheurs préconisent d'adopter des modes de vie sains et d'éviter les produits nocifs pour la santé, tels l'alcool ou le tabac, afin de minimiser les risques. Ces choix relèvent de la responsabilité des consommateurs dont dépendent les changements de pratiques.
Avez-vous pris connaissance des résultats de cette étude ? Qu'en pensez-vous ? Comment comptez-vous articuler les résultats de cette recherche avec les futures campagnes de prévention du cancer, mais aussi du diabète et du tabac ?
Une concertation sur cette recherche au sein des groupes de travail de la conférence interministérielle (CIM) de la santé publique est-elle envisagée ?
Quels contacts entretenez-vous avec les ministres compétents de la Cocom afin de développer une vision commune et globale sur ces enjeux de santé publique ?
Enfin, j'attire une nouvelle fois votre attention sur la nécessité d'un plan national de lutte contre le diabète. Des initiatives sont-elles prises dans ce domaine ?
M. le président.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- J'ai effectivement pris connaissance d'une synthèse de cette étude qui permet une actualisation des données établissant les liens entre certains déterminants et des pathologies de plus en plus fréquentes dans notre société.
Cependant, il me semble que les liens entre le tabagisme, l'obésité, le surpoids ou encore la consommation d'alcool sont bien établis depuis un certain temps. Je ne vois pas en quoi cette étude - dont je ne conteste pas l'intérêt scientifique - viendrait bouleverser les priorités fixées par le gouvernement dans le Plan stratégique de promotion de la santé.
Je vous rappelle en effet que la promotion de comportements et d'environnements favorables à la santé, plus brièvement appelé "promotion des attitudes saines", est une des priorités de ce plan. Elle rassemble la promotion d'une alimentation saine et équilibrée, d'une activité physique régulière, de la diminution de la consommation d'alcool et de tabac. Elle intègre également un axe de réduction des inégalités sociales de santé puisque les divers groupes de population ne présentent pas les mêmes profils dans ces domaines.
Au sein des groupes de travail de la conférence interministérielle (CIM) de la santé publique, ces matières sont abordées : les aspects liés au tabac et à l'alcool sont traités au sein de la Cellule générale de politique drogues (CGPD) et les questions d'alimentation au sein d'un autre groupe de travail que j'ai fréquemment évoqué devant cette assemblée.
Concernant la concertation avec la Cocom, vous n'êtes pas sans savoir que des concertations ont eu lieu depuis le début de cette législature afin d'articuler l'élaboration du Plan de promotion de la santé de la Cocof et celle du Plan santé de la Cocom.
En ce qui concerne la question d'un plan diabète, au niveau fédéral, la priorité de la ministre de la Santé publique est la mise en œuvre du Plan conjoint en faveur des malades chroniques, intitulé "Des soins intégrés pour une meilleure santé", et la mise en œuvre des projets pilotes découlant de ce dernier. La question du diabète est intégrée au même titre que d'autres pathologies.
Les priorités de la CIM de la santé publique ont été fixées en début de législature et sont déjà nombreuses.
À côté du plan en faveur des malades chroniques que je viens de citer, il y a le protocole de prévention et les nombreuses thématiques qu'il renferme : cancers, hépatite C, santé sexuelle, alimentation, tuberculose, etc. Il me semble peu probable et sans doute peu pertinent d'inscrire une priorité supplémentaire à ce stade avancé de la législature. Afin de donner toutes ses chances à un éventuel plan ou du moins à une concertation interministérielle utile et efficace pour faire face à ce problème de santé publique important, il serait préférable d'ouvrir un tel chantier en début de législature. Si je suis prolongée dans mes fonctions lors de la prochaine législature, je ne manquerai pas d'inscrire à l'agenda ce type de problème.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Rien ne m'étonne dans votre réponse, mais je présume que rien non plus ne vous a étonnée dans ma question.
Je rappellerai donc autant de fois que nécessaire la demande inlassable formulée depuis plusieurs années par l'ensemble du secteur représenté au sein de l'Association belge du diabète (ABD) : la mise en place d'un plan national contre le diabète.
Je sais qu'il règne depuis longtemps une forme d'incompréhension entre le niveau fédéral et les acteurs qui œuvrent contre le diabète. Malgré les actions du niveau fédéral menées contre les maladies chroniques, on constate que le diabète augmente inéluctablement. Il est indéniable que cette situation donne davantage encore de pertinence à la mise sur pied, un jour, d'un plan national de lutte contre le diabète. Nous n'y échapperons pas.