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Formation aux spécificités des jeunes incasables

Soumis par andredubus le
Question à Monsieur Jean-Claude Marcourt, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias

André du Bus. - Monsieur le Ministre, Je me permets de vous interpeller aujourd’hui dans le prolongement d’une question que j’ai posée il y a deux semaines à votre collègue, Rachid Madrane, Ministre en charge de l’Aide à la jeunesse, et qui était relative à la politique dévolue en faveur des jeunes incasables.

On les dit « incasables » car ils représentent une « population à la limite des institutions » dès lors que relevant de plusieurs modes de prise en charge, à savoir sociale, médico-sociale et judiciaire, comme repris dans une étude publiée en 2009. En effet, ces mineurs dépendent à la fois des politiques de l’aide à la jeunesse – car en danger ou ayant commis un fait qualifié d’infraction –, de la santé mentale et de l’aide aux personnes handicapées. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’ils sont avant tout vulnérables dès lors que la majorité ont subi des événements traumatiques graves dans leur enfance, si bien qu’ils peuvent présenter des problèmes psychiatriques chroniques pouvant, parfois même, entrainer une judiciarisation de leur situation.

En effet, les mineurs qui auraient commis un fait qualifié infraction et qui présentent des problèmes mentaux, ou qui relèvent parfois aussi d’une certaine forme de handicap, peuvent être envoyés en IPPJ avec d’autres jeunes qui, eux, ne présentent pas ces troubles. Cette situation impose une collaboration entre les professionnels relevant de disciplines distinctes : acteurs sociaux, de la jeunesse, acteurs de la santé mentale et du handicap (la liste n’est pas exhaustive). Cette collaboration passe parfois par des modes de coopération entre ces différentes disciplines. La non prise en charge de ces caractéristiques peut, parfois, amener à des situations ingérables et représenter des difficultés pour le personnel en charge de jeunes aux profils variés, avec des histoires et parcours de vie différents. Nous sommes tous d’accord pour dire que les professionnels relevant des secteurs de la jeunesse, du handicap, de la santé mentale et de l’action sociale se retrouvent parfois confrontés à ces jeunes vulnérables. Il est, par conséquent, primordial, de sensibiliser les étudiants dans ces domaines à développer une vision transversale afin de décloisonner leur pensée, ouvrir leur esprit et les préparer à la collaboration avec des acteurs d’autres disciplines. Ainsi, l’objectif est qu’ils puissent, à terme, prendre en considération les problèmes de ces jeunes et toutes les facettes de leur parcours, dont les causes sont souvent multiples et plus difficiles à appréhender, ce que peuvent apporter les modules de formation.

Par conséquent, Monsieur le Ministre, mes questions sont les suivantes : les acteurs représentés dans les domaines de la santé mentale, de l’action sociale, de la jeunesse, du handicap et du droit sont-ils formés et sensibilisés aux spécificités mêmes que présentent ces jeunes ? En d’autres mots, les études qu’ils poursuivent les sensibilisent-elles suffisamment aux notions de transversalité et d’interdisciplinarité ? Je sais qu’il ne relève pas du ressort du politique de s’ingérer dans le programme des cours, mais à partir du moment où nous constatons que des besoins ne sont pas suffisamment rencontrés, il est de notre devoir d’attirer l’attention des personnes habilitées à définir les programmes sur les besoins que nous observons. A titre d’illustration, depuis un an, une faculté de médecine intègre quelques heures de sensibilisation aux enjeux du handicap, dans le cadre de la prise en charge de personnes qualifiées de double diagnostic, précisément parce que le politique avait pris conscience du cloisonnement trop marqué entre les disciplines de la santé et du handicap.

D’avance, Monsieur le Ministre, je vous remercie pour vos réponses.

Jean-Claude Marcourt, ministre. - Une attention particulière doit évidemment être accordée à ces jeunes qui sont d'une grande fragilité psychologique, sociale et culturelle et qui doivent néanmoins, trouver une place dans notre société et s'y épanouir.  C'est précisément la raison pour laquelle ils sont soutenus par un large éventail de professionnels traitant leurs difficultés selon une approche systémique.

L'excellence de notre enseignement supérieur repose notamment sur la grande autonomie laissée aux établissements pour élaborer les programmes de formation, pour organiser les cursus et pour déployer les méthodes pédagogiques jugées les plus pertinentes en fonction des objectifs poursuivis.

La conception des programmes académiques s'effectue, en conformité avec le cadre légal de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les règles internes aux établissements, selon un processus qui tient compte des référentiels élaborés par l'Ares, qui s'inscrit dans une démarche qualité et qui intègre les besoins auxquels la formation répond.

Ces programmes académiques sont en constante évolution, d'une part, pour rester à la frontière la plus avancée des différents domaines d'études et de recherche et d'autre part, por contribuer activement aux progrès sociétaux, scientifiques, techniques, artistiques ou éthiques de notre société.  L'intégration par cette faculté de médecine de quelques heures de sensibilisation aux enjeux du handicap, dans le cadre de la prise en charge de personnes qualifiées de double diagnostic en fournit un excellent exemple.