Question à Monsieur Pascal Smet, ministre de la Mobilité
M. André du Bus.- Je voulais vous interroger sur un sujet dont on parle encore assez peu à Bruxelles, mais qui est beaucoup moins neuf dans différentes villes, comme celle de New York par exemple. Il s'agit de l’allongement du temps de feu vert pour les cyclistes et les piétons, mais aussi de la diminution du temps d’attente entre les feux verts et ce, afin d’augmenter la fluidité du trafic des vélos et piétons, mais aussi d’éviter que certains usagers impatients ne traversent au rouge.
En effet, il n’est pas rare de constater, sur les voiries régionales, des disparités parfois importantes de temps d’attente entre les voitures et les usagers faibles de la route. Cette problématique est donc non seulement une question de mobilité, mais aussi de sécurité routière. Je voulais également aborder la question du manque de clarté de la fonction des boutons pour les piétons accrochés aux feux de circulation. En effet, dans de nombreux cas, on ne sait pas si leur usage est facultatif - et que, dès lors, ils ne servent qu’à accélérer le passage au feu vert - ou s’ils servent à commander purement et simplement le feu vert, sans quoi le feu reste au rouge de manière permanente pour les piétons.
Je connais votre sensibilité à l’idée de transformer Bruxelles en ville "pour les gens". J’ose donc imaginer que ces sujets doivent également vous intéresser. Je voulais donc savoir si une réflexion était en cours au sein de votre cabinet ou de votre administration sur ces différents sujets et si des projets pilotes ont déjà été entamés sur certains axes ? Dans l'affirmative, lesquels ?
Par ailleurs, j’aurais voulu savoir où nous en étions dans la mise en place de feux intelligents pour les voitures. À cet égard, la Région investit depuis plusieurs années dans la gestion intelligente des feux de circulation, via la mise en place d’une centrale de gestion des feux de circulation. Quel est le pourcentage de feux de circulation installés sur les voiries régionales qui sont aujourd'hui contrôlés par cette centrale ? Quelles sont les différentes fonctionnalités permises par cette gestion intelligente ?
Dans certains pays, la gestion intelligente des feux concerne également les modes actifs de déplacement. Par exemple, à Groningen, le temps d'attente des cyclistes et des piétons diminue lorsque les conditions climatiques leur sont défavorables. Où en est-on à Bruxelles à cet égard ?
Mme la présidente.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- La volonté de tester de nouveaux types de feux en vue d'avantager certains usagers - particulièrement les piétons et cyclistes -, ou encore afin d'améliorer la sécurité routière est bien présente à Bruxelles. Elle est d’ailleurs l'un des objectifs du Plan d’action sécurité routière 2011-2020.
De nouveaux feux cyclo-piétons ont d’ailleurs déjà été testés et sont en cours d’introduction dans le Code de la route. C’est également le cas pour de nouveaux feux spécifiques pour les voies de tram.
Les décompteurs de temps d’attente pour les piétons sont également en multiplication, avec la nouvelle possibilité d’intégrer l’impact des priorités données aux transports en commun sur le temps d’attente.
Un nouveau test de matérialisation du temps de dégagement pour les piétons est également à l’étude afin de réduire les conflits, particulièrement en cas de carrefour très large et de flux vireur important et rapide. Nous comptons également prévoir de manière beaucoup plus régulière le placement d’un feu clignotant pour attirer l’attention des conducteurs vireurs sur la présence de cyclistes et piétons en traversée, sous couvert d’une phase verte simultanée.
Parmi les boutons-poussoirs - d'ailleurs tous remplacés pour les rendre plus visibles -, certains sont indispensables pour obtenir le vert et d'autres permettent d’obtenir plus vite ou plus longtemps le vert. Dans tous les cas, le piéton souhaitant traverser a intérêt à appuyer. Il n’y a donc pas de raison, selon Bruxelles Mobilité, de rajouter une information à celle stipulant "appuyer ici". Une campagne d’information portant sur l’usage facultatif ou non de ces boutons peut être intéressante, à l’instar des campagnes déjà réalisées pour la lentille cyclo-piéton, pour les traversées décalées ou pour les nouveaux feux sur les voies de tram.
La quasi-totalité des feux de signalisation en Région bruxelloise sont "intelligents". Ils sont en effet de type "dépendants du véhicule" et prennent également en considération la priorité des transports publics. En d’autres termes, leur réglage peut être changé par la détection de la présence de certains véhicules. Ainsi, une direction transversale, où il n’y a aucun véhicule présent, peut être ignorée. De même, la durée de vert peut être prolongée lorsque la circulation est dense. En outre, une direction où la prolongation n’est pas nécessaire peut ne pas être prolongée et ce, en combinaison avec la prolongation et l’interruption des temps de feu vert pour donner la priorité la plus élevée possible aux transports publics.
Bruxelles Mobilité investit constamment pour rendre ces méthodes de réglage plus intelligentes et plus performantes. Depuis 2014, Bruxelles Mobilité dispose d'une centrale des feux de signalisation, à laquelle les carrefours sont systématiquement raccordés. Actuellement, 20% de tous les carrefours sont raccordés, dont la plupart sur les principaux grands axes. Cela permet de coordonner les carrefours entre eux à partir de la centrale, de piloter des scénarios (par exemple, en cas de fermeture de tunnels), de faire tourner un programme adapté sur les carrefours en surface et, à terme, d’enclencher automatiquement les programmes des carrefours via les données de circulation mobiles.
Les comparaisons avec d'autres villes peuvent être intéressantes, mais pas toujours réalisables.
Ainsi, à New York, où tout est carré, rallonger le temps pour les piétons revient à rallonger le temps pour les voitures qui passent en parallèle. De plus, le trafic new-yorkais n'est pas comparable au nôtre.
Je voudrais également ajouter que tout le débat que nous menons aujourd'hui s'est tenu presque exactement dans les mêmes termes à New York, où la commissaire aux transports, Mme SadikKhan, a aussi été traitée de tous les noms.
Pour en revenir à Bruxelles, il nous reste du pain sur la planche. Nous devons encore investir davantage dans le comptage des piétons et des cyclistes, dont nous avons également besoin.
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- J'entends bien que des projets sont en gestation. Vous n'avez pas répondu à la question du temps d’attente lié aux conditions climatiques. J'ai cité l’exemple de Groningen, qui intègre les conditions climatiques comme paramètre dans le temps d’attente.
M. Pascal Smet, ministre.- Si je suis bien informé, Groningen est un peu le Louvain-la-Neuve hollandais : beaucoup d'étudiants vivent dans la ville, où la moitié de la population a moins de 35 ans et où le trafic automobile est complètement différent du nôtre. Je vais cependant m’informer davantage, car je ne mesure pas, à ce stade, l’impact d'un tel dispositif.
M. André du Bus.- J'en prends note et vous encourage également à communiquer à la population les mesures prises, afin que celle-ci en réalise l'impact.