Alors que l’avenue du Préau doit être en plein travaux à l’heure où vous ouvrez ce journal, j’ai voulu comprendre la genèse de ce chantier qui se veut la première « rue jardin » à Etterbeek. C’est donc sur base des propos recueillis auprès d’Isadora Grumiaux, jeune architecte paysagiste communale qui a imaginé, conçu et piloté ce projet*, que je vous propose ces quelques lignes. C’est évidemment à l’équipe précédente que revient la paternité politique du projet.
Tout a commencé par une marche exploratoire. C’était en mars 2022, occasion pour les habitants de déplorer le stationnement sauvage quasi permanent. Une première initiative, transitoire, fut de renforcer la signalisation afin de cantonner le parking à un seul côté de la voirie, de placer des potelets de l’autre côté et d’empêcher le stationnement au tournant de l’avenue par la peinture d’un damier sur le sol.
Cette période fut mise à profit par Isadora Grumiaux pour plonger dans ce qui allait devenir son premier projet significatif. Sa principale source d’inspiration fut les modèles de « rue jardin » qui font flores dans les milieux fortement urbanisés de Flandre tels que la ville d’Anvers. Ce qui l’a conduit à concevoir un projet de plain-pied, une « zone de rencontre » où le piéton est prioritaire, où la vitesse est réduite à 20km/h, où les places de parking (sans réduction du nombre de places légales) sont délimitées par un revêtement distinct du reste de la voirie, et où la végétalisation se
voyait renforcée.
Un sol plus perméable
Un autre objectif était de participer activement à la lutte contre les îlots de chaleur que constituent les sols bitumés à l’excès. À côté des espaces végétalisés, il fallait donc laisser davantage respirer la voirie. La solution fut d’utiliser un modèle de pavés dont la mise en oeuvre laissait place à des interstices suffisamment larges que pour y faire pousser du gazon ou y garnir du poussier (fin gravier). Ce qui renforce la perméabilité du sol, réduit l’afflux des eaux de ruissellement et participe à la lutte contre les inondations.
En termes de mobilité, la vitesse est limitée à 20km/h et les 6 arceaux vélos existants bénéficieront d’un abri et seront renforcés, à la demande des riverains, par deux arceaux pour vélos cargo.
Des arbres en plus
La concertation avec les habitants permit de mettre sur la table les enjeux du parking, des accès aux garages existants, la gestion des déchets, les craintes d’infiltration des eaux le long des façades, la nécessité de garder une partie de la voirie (1,50m de large) sans interstice pour les vélos et les PMR, l’opportunité de garder un banc public, l’éclairage (qui sera revu par Sibelga) et les essences d’arbres. Précision : les bambous seront maintenus et trois Liquidambar (à la futaie étroite), un Prunus (variété de cerisier), un Malus (pommier d’ornement) et un Ginkgo Biloba renforceront la végétalisation du site.
Le chantier n’est pas encore fini. Après quelques mois d’adaptation, il conviendra de tirer le meilleur enseignement de ce projet novateur à Etterbeek qui a pour ambition de répondre à une série d’objectifs sociaux (favoriser la rencontre), de sécurité, de mobilité et de durabilité bien légitimes en ces temps de transition. Le pari est posé de faire de ce projet une référence pour l’avenir des voiries principalement résidentielles.