Question à Madame Cécile Jodogne, ministre en charge de la Santé
M. André du Bus.- À l'approche de la prochaine édition de la campagne de sensibilisation et de prévention Euromelanoma, qui aura lieu du 14 au 18 mai, un article de La Libre Belgique a mis en avant le cancer de la peau, en consacrant deux pages à la sensibilisation des lecteurs au dépistage de ce cancer redoutable.
Si Euromelanoma est née en 1999 à l'initiative de six dermatologues belges, la campagne est aujourd'hui organisée dans 33 pays. Pour cette vingtième édition, le public pourra à nouveau se rendre chez l'un des 150 dermatologues participants pour un dépistage gratuit, en prenant simplement rendez-vous sur le site internet consacré à cette semaine de prévention annuelle.
Cette initiative est plus que jamais indispensable. Comme l'article nous l'apprend, les tumeurs malignes sont en augmentation annuelle de 5 à 12%, selon le type, et représentent, dans notre pays, 37.000 nouveaux cas par an, dont 3.000 mélanomes malins.
En outre, le cancer de la peau est la forme de cancer la plus courante et celui qui affiche la progression la plus rapide. Une nouvelle étude de la Fondation registre du cancer prévoit que le nombre de mélanomes malins passera de 2.925 à 4.356 entre 2014 et 2025. Cela représente une augmentation de 49%, hommes et femmes confondus.
À l'avenir, c'est chez les hommes âgés que l'augmentation des mélanomes sera la plus marquée. Quant aux femmes, elles développeront un mélanome plus tôt que les hommes et le nombre de cas augmentera sensiblement.
Notons aussi qu'après un premier mélanome, un patient court douze à quinze fois plus de risques d'en développer un deuxième et quatre à six fois plus de risques de développer d'autres formes courantes de cancer de la peau.
C'est bien la raison pour laquelle les dermatologues utilisent le terme d'épidémie en parlant de ce cancer.
Je voudrais revenir sur la thèse réalisée par le Dr Isabelle Hoorens de l'Université de Gand, qui nous rappelle dans cet article que le cancer de la peau et sa prévention constituent un défi de taille pour les soins de santé. En effet, elle a calculé le coût du cancer de la peau : en 20 ans, il augmenterait considérablement, passant d'environ 107 millions d'euros en 2014 à 3,2 milliards d'euros en 2034 !
Néanmoins, pour poursuivre sur une note plus positive, les dermatologues constatent que la sensibilisation fonctionne, puisque un plus grand nombre de patients demandent à contrôler des taches suspectes sur leur peau. Cependant, même si les Belges ont conscience des risques du cancer de la peau et de son lien avec une exposition excessive au soleil, ils ne parviennent pas encore à modifier leurs comportements. Or, il est primordial d'appuyer ces campagnes de prévention qui permettent de détecter bien plus de mélanomes à un stade précoce et d'augmenter les chances de guérison. Un changement de comportement doit avoir lieu.
Avez-vous lu cet article et avez-vous pris connaissance des résultats de l'étude de la Fondation registre du cancer ? Qu'en pensez-vous ?
Entretenez-vous des contacts avec les organisateurs de cette semaine de sensibilisation ? Entendez-vous leurs remarques et recommandations pour adapter les éventuelles futures campagnes de prévention et de dépistage ? Pouvez-vous nous renseigner sur ce qui est actuellement mis en place, au niveau de la Cocof, en matière de prévention de ce type de cancer ?
(Applaudissements)
Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- Le cancer de la peau est un problème de santé publique important et l'augmentation de la prévalence de ce cancer doit attirer l'attention des pouvoirs publics.
J'ai lu avec attention les articles que vous mentionnez ainsi que les documents en lien avec la campagne d'Euromelanoma qui aura lieu dans le courant de ce mois.
En tant que ministre chargée de la promotion de la santé, je suis bien évidemment disposée à relayer toute information permettant d'améliorer le bien-être de la population et sa capacité d'agir en faveur de sa santé.
En ce qui concerne la mise en œuvre de telles campagnes, j'estime que la Fondation contre le cancer est l'acteur le plus pertinent pour assurer l'information et la prévention, qui font partie de ses missions à côté du soutien à la recherche et l'amélioration des soins et de l'accompagnement prodigués aux patients.
Élément assez interpellant, le site d'Euromelanoma comporte les logos de diverses firmes produisant notamment des produits de protection solaire et de firmes pharmaceutiques. L'objectivité et l'indépendance totale des informations disponibles sur le site est donc sujette à caution. Il ne s'agit pas de remettre en cause le réseau de dermatologues européens dans la réponse à la question, mais de s'interroger sur la pertinence d'une association avec les pouvoirs publics dans le cadre de la promotion de la santé.
Pour revenir aux actions de prévention axées sur les problèmes de cancer de la peau, il me semble bien entendu utile de rappeler que l'utilisation excessive de bancs solaires est l'un des facteurs pouvant contribuer à l'apparition d'un cancer de la peau, a fortiori lorsque ces bancs solaires ne répondent pas à certaines normes. Or, cela n'est pas évoqué dans les articles parus dans la presse.
Je m'étonne que la campagne menée par Euromelanoma ne mentionne pas ce facteur et n'évoque que les dangers liés à une exposition excessive au soleil. Cette campagne, dont je ne conteste pas les objectifs, évoque comme stratégie l'information, le changement de comportement des individus et le recours au dépistage, ce qui me semble ne représenter qu'une solution partielle à une problématique également déterminée par des facteurs environnementaux et les réglementations en matière d'exploitation de centres de bronzage, par exemple.
De manière générale, l'information relative à des pathologies spécifiques et la promotion du dépistage individuel relèvent essentiellement du niveau fédéral. La promotion de la santé perdrait beaucoup de sa pertinence si elle consistait en un catalogue toujours plus large d'informations au sujet de diverses pathologies. Les approches que privilégie le Plan stratégique de promotion de la santé portent davantage sur des actions permettant de modifier les déterminants de la santé. Cela n'empêche pas que des informations relatives à des pathologies spécifiques soient relayées, au travers de publications, sites internet et réseaux sociaux du secteur de la santé, par exemple.
Mais je le répète, je suis ouverte à toute collaboration avec des acteurs reconnus visant à améliorer la santé des Bruxelloises et des Bruxellois.