Discussion générale en séance plénière
M. André du Bus.- Sans flagornerie, M. Uyttendaele, je puis vous dire que cette séance plénière est à marquer d'une pierre blanche dans votre action politique.
Elle voit en effet l'aboutissement d'un combat que vous avez mené avec une grande détermination. Mais vous n'étiez pas seul à le mener. D'autres étaient à vos côtés, certes avec une moindre flamboyance mais, sachez-le, avec une égale détermination.
Comme cela a été rappelé, l'élément déclencheur a été ce voyage à Paris organisé il y a deux ans et demi environ, qui nous a ouvert les yeux tant sur les salles de consommation à moindre risque que sur l'intérêt et la pertinence des stéribornes.
À ce propos, j'ai toujours plaisir à rappeler que l'un des précurseurs de leur installation et l'un des plus fervents défenseurs de leur intérêt était le maire d'un des arrondissements de Paris les plus huppés. Preuves et chiffres à l'appui, il a démontré la diminution d'une série de maladies transmissibles liées à la consommation de drogues.
Il était donc établi que l'installation de stéribornes, contrairement à des préjugés tenaces, n'encourage pas la consommation de drogues mais permet au contraire de résoudre une série de problèmes sanitaires et sécuritaires importants, ainsi que mes collègues l'ont rappelé.
Comme l'énonce également la résolution, l'installation de stéribornes répond à des recommandations formulées par le Conseil de l'Union européenne, l'Organisation des Nations unies (ONU), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT). Aujourd'hui, tous ceux qui exercent une responsabilité collective en matière de santé et de sécurité sont favorables à l'installation de stéribornes.
Mais ce n'est pas pour autant que les problèmes sont réglés ni que le vote de cette résolution aujourd'hui signe la fin d'un combat.
Nous sommes maintenant comme le maçon au pied du mur : il va falloir réussir tout cela. C'est là que nous allons rencontrer de nouvelles résistances. Je ne parle pas des résistances liées au financement, parce que ce n'est pas une question de budget qui va handicaper lourdement la capacité d'action de la Cocof.
Nous avons entendu que c'était le recyclage intelligent de distributeurs de paquets de cigarettes qui était en cours à Paris. On imagine que, sur ce point, un marché public ne présentera pas de grandes difficultés.
En revanche, la question la plus difficile sera de savoir par quelle commune commencer. Quel bourgmestre sera le premier à prendre cette décision ? On ose espérer que ce choix sera le résultat d'une discussion collective au sein de la Conférence des bourgmestres. Ce serait le schéma idéal - puisque nous allons vers un vote quasi unanime ici - que tous les bourgmestres soient le premier relais de notre engagement politique au sein de la Cocof, et s'entendent pour désigner les communes où des stéribornes seront installées.
Comment ? Avec quel type d'accompagnement ?
Nous sommes persuadés que l'accompagnement est important parce qu'il est de nature à répondre à des besoins sanitaires et sociaux. Cependant, assurer une permanence 24 heures sur 24 n'est pas nécessaire. Comment allons-nous organiser cet accompagnement ? Sans doute les associations déjà actives sur le terrain, comme l'asbl Transit, seront-elles largement consultées pour identifier les lieux où installer les stéribornes et définir type d'accompagnement à prévoir.
Il restera à effectuer un travail de sensibilisation de la population qui ne partage pas forcément notre vision des choses. Un travail pédagogique important nous attend. Je ne suis pas sûr que les bourgmestres fassent de l'installation de stéribornes un point central de leur campagne électorale.
Les difficultés sont donc devant nous si nous voulons réussir de façon intelligente ce programme. Comme vous le savez, il y a eu dans mon groupe quelques résistances liées aux éléments que je viens d'évoquer.
À côté des avancées que nous proposons aujourd'hui, d'importants pans de la gestion de la problématique de la drogue ne sont pas encore résolus. Je pense aux parents, aux familles qui vivent des situations difficiles en raison de la consommation abusive d'un des leurs, et pour lesquels aucune solution n'est encore opérationnelle ou pertinente. Cela explique aussi qu'au sein du groupe cdH, l'un ou l'autre s'abstiendra peut-être pour rappeler que ce combat n’est pas complètement gagné.
Mme la présidente.- Bravo, M. du Bus. Vous aussi, vous n'avez pas manqué de persévérance dans ce dossier.