Question à Madame Marie-Martine Schyns, ministre de l'éducation
M. André du Bus. – En avril dernier, je vous interpellais sur la situation des jeunes aidants proches, ces enfants, adolescents ou jeunes adultes qui apportent de l’aide quotidienne à une mère, un père, une sœur ou un frère en situation de dépendance à la suite d’un accident, d’une maladie physique ou mentale, d’un handicap ou de consommation d’alcool ou de drogues.
Ma question portait sur la nécessaire reconnaissance de cette situation par les adultes entourant ces jeunes; les enseignants en particulier peuvent jouer un rôle important face aux difficultés que connaissent ces jeunes. Les conséquences de cette charge assurée par le jeune aidant proche peuvent être en effet particulièrement lourdes et stressantes lorsque les tâches et les responsabilités qui reposent sur lui deviennent excessives. On parle de risque de décrochage scolaire ou de harcèlement. Je renvoie aux propos que nous avons échangés en avril dernier.
Ce mercredi 5 octobre, s’est tenue à l’ULB une journée d’étude intitulée «Jeunes & Aidants proches: quels partenariats construire pour soutenir les jeunes aidants proches?» À cette occasion, les organisateurs ont fait le point sur la situation de ces jeunes en privilégiant une approche transversale, prenant en considération les dimensions du handicap, de l’enseignement, de la santé et de l’aide à la jeunesse. Les différents exposés ont démontré toute l’importance de la reconnaissance de cette réalité par les adultes, reconnaissance qui passe par une sensibilisation préalable. Le rôle primordial de l’enseignant a été une fois encore souligné sur la base d’exemples concrets et de témoignages de jeunes.
Madame la Ministre, sur le problème de la sensibilisation des enseignants aux difficultés des jeunes aidants proches, vous annonciez, en avril dernier, que des contacts devaient avoir lieu entre une ASBL et votre cabinet. Vous avez également évoqué deux pistes de solution: la mise en place d’aménagements raisonnables ou la possibilité d’accorder du NTPP supplémentaire.
Votre cabinet a-t-il pu continuer à réfléchir sur cette thématique? Qu’est-il ressorti des contacts avec l’ASBL? Les pistes évoquées en avril sont-elles plus précises aujourd’hui? Prévoit-on d’intégrer cette problématique dans la formation continue des enseignants?
Mme Marie-Martine Schyns, ministre de l’Éducation. – Je vous remercie pour votre question qui nous permet de faire le suivi du débat que nous avons eu en mai dernier.
Mes collaborateurs ont reçu des représentants de l’ASBL pour entendre leurs préoccupations et recommandations au sujet des jeunes aidants proches, à la suite de quoi j’ai souhaité évaluer la situation en Fédération Wallonie-Bruxelles et envisager la prise en compte de la réalité de ces jeunes.
Selon l’ASBL, deux élèves par classe seraient concernés, notamment en raison des politiques de santé actuelles qui favorisent le maintien à domicile de la personne malade ou handicapée.
Si cette estimation devait se confirmer, la problématique devra être prise en considération dans les politiques de l’enseignement. C’est pourquoi j’ai demandé à l’administration de créer un groupe de travail, composé de membres de l’ASBL Jeunes aidants proches, de représentants du Conseil supérieur des centres PMS, des réseaux et de tout autre expert jugé nécessaire.
Ce groupe de travail a pour mission de me présenter des recommandations en partenariat avec l’ASBL autour de cinq questions centrales: l’évaluation de la situation chez nous, les moyens pour les équipes éducatives d’identifier les jeunes aidants, la sensibilisation des équipes éducatives aux difficultés rencontrées par des jeunes, l’aménagement de certaines dispositions pour soutenir leur scolarité et, enfin, les stratégies à développer pour limiter le décrochage scolaire.
Ces recommandations, qui seront accompagnées d’une analyse de leur faisabilité, doivent m’être communiquées pour la fin du mois de novembre, soit dans six semaines. Je ne peux donc que vous inviter à m’interroger à ce moment-là.
C’est un débat qui mérite d’être rendu public, car le monde de l’enseignement n’a encore que peu conscience de la situation des jeunes aidants. Pourtant, cette ASBL et d’autres acteurs commencent à en évaluer les conséquences sur le parcours scolaire des jeunes.
M. André du Bus. – Je me réjouis du contact productif entre votre cabinet et l’ASBL Jeunes aidants proches, qui a abouti à la création d’un groupe de travail dont vous avez rappelé les missions.
Vous citez une moyenne de deux aidants proches par classe. Ce chiffre confirme la réalité en Angleterre qui possède la seule base de données disponible fiable. Une étude est en cours à Bruxelles dont les résultats seront publiés en mai. L’étude préalable confirmait déjà la présence de 5 à 10 % de jeunes par classe répondant aux critères des aidants proches. On sous-estime l’ampleur de ce problème qui mérite une sensibilisation plus large du grand public, mais principalement des enseignants.
Les exemples cités lors de cette journée d’étude en octobre à l’ULB montraient que l’enseignant qui sait qu’il a des jeunes dans sa classe vivant cette situation a son regard modifié sur les demandes particulières. Ces jeunes aidants proches arrivent parfois en retard ou demandent de postposer une interrogation. Si l’enseignant ne peut déchiffrer les motifs de ces aménagements parfois très légers, cela peut conduire à une catastrophe pour le jeune. Agir sur cette problématique commence donc par la sensibilisation des enseignants lors de la formation initiale et continuée. L’ASBL Jeunes aidants proches est prête à lancer des modules de formation et de sensibilisation, mais il lui manque les moyens.