En relisant le texte fondateur de la Charte d’Ottawa, on ne peut être que confondu devant le caractère prémonitoire et politique de ces lignes qui, trente ans plus tard, n’ont pas pris une ride.
Prémonitoire car la vision d’alors sortait officiellement du champ traditionnel de la santé pour inviter tous les acteurs de la société à créer les conditions d’un environnement sain, condition préalable à la santé des individus. Pour la première fois, la santé, pour mieux en garantir son avènement, avançait un plaidoyer visant à sortir de ses compétences, donnant par là ses lettres de noblesse à un secteur encore tout chaud sorti du nid : la promotion de la santé.
Politique car, sur le fond et dans la forme, le texte plaide pour des concepts qui restent toujours audacieux. J’en retiens deux : l’implication des individus dans les processus de décision qui les concernent, et la transversalité. Deux concepts qui se heurtent de plein fouet aux cultures et habitudes politiques toujours trop enclines à décider « pour et à la place de ». Or, précisément, ce que nous enseigne la Charte d’Ottawa, en pointant les populations elles-mêmes comme premières ressources de l’action, c’est de valoriser tous les processus participatifs, tous ! Ce qui impose écoute, respect et remise en question permanente dans le chef du politique. Un enjeu, un défi quotidien ! Quant à la transversalité, si elle ne se retrouve pas nommée expressis verbis dans la Charte, c’est bien de cela qu’il s’agit dès lors que le texte mobilise tous les secteurs à s’engager dans une vision holistique visant un environnement plus favorable à la santé. Mais la transversalité se fracasse aux silos des compétences de chaque portefeuille ministériel, à leur cloisonnement historique qui se drape derrière les principes de lisibilité et de responsabilité. Pas facile de décloisonner et travailler en synergie.
Ceci étant, les lignes bougent. Les processus de concertation se multiplient, tout secteur confondu, et la transversalité émerge. Pour preuve, le projet de décret sur le handistreaming, annoncé tout prochainement en commission. Un décret qui forcera tous les politiques à penser « handicap » dans toutes les décisions qui seront prises. A quand un décret de « healthstreaming » ? Avant les 40 ans de la Charte ? Chiche !