Question à Monsieur Didier Gosuin, membre du Collège réuni, compétent pour la politique de la santé, la fonction publique, les finances, le budget et les relations extérieures
M. André du Bus.- Nous avons abordé plusieurs fois ce sujet, mais je voudrais clarifier à la fois la position du Collège réuni et celle de l'Association belge du diabète (ABD) à propos de la mise sur pied d'un plan national de lutte contre le diabète.
La problématique du diabète et du pré-diabète n'a pas fini de faire parler d'elle. En effet, au début du mois d'août 2016, nous pouvions encore lire dans la presse des articles exposant la montée fulgurante du diabète au sein de notre population : 8% de patients en plus en quatre ans. Le pré-diabète touche actuellement 400.000 personnes en Belgique. À situation et mode de vie inchangés, les diabétiques auront doublé dans le monde en 2030. Face à ces chiffres alarmants, nous ne pouvons rester inactifs. Il est grand temps d'écouter le secteur concerné et le monde associatif, dont l'ABD, qui réclament depuis des années un registre national du diabète, ainsi qu'un plan national de lutte contre le diabète.
Je suis bien conscient qu'il s'agit d'une demande à laquelle les responsables politiques au niveau fédéral, qui ne partagent pas cette préoccupation, n'ont jamais souscrit. Ce n'est pas faute de les avoir interpellés. Mettre à l'ordre du jour lors d'une prochaine conférence interministérielle (CIM) de la santé publique la question de l'adoption d'un plan national de lutte contre le diabète s'avère néanmoins nécessaire.
Que pensez-vous de la mise en place d'un plan national de lutte contre le diabète ? Quelle est votre position à ce sujet ? Avez-vous contacté l'ABD ? Avez-vous vérifié si la demande d'un plan national est toujours d'actualité ? Connaissez-vous la position de l'ABD et du reste du secteur à ce sujet ? Pouvez- vous nous éclairer ? Dans quelle mesure, dans le cadre d'une CIM de la santé publique, pouvez-vous relayer les demandes des professionnels ?
Mme la présidente.- La parole est à M. Gosuin.
M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Tout d'abord, l'essentiel de cette compétence relève du niveau communautaire et de ma collègue Mme Jodogne, puisque nous nous inscrivons dans le cadre de la politique de prévention.
Néanmoins, je confirme les données chiffrées communiquées par la presse, qui montrent une augmentation des cas de diabète. Par ailleurs, on observe à Bruxelles une plus forte prévalence en fonction de l’âge et du niveau socio-économique. Par exemple, dans la classe d’âge des 65-74 ans bénéficiant de l’intervention majorée, on observe 269 cas pour 1.000 habitants. Si on analyse ces données par commune, on observe que les communes les plus précarisées ont une prévalence plus importante. Celle-ci varie entre 38,52 cas et 63,38 cas pour 1.000 habitants. Cet écart serait dû à une plus grande prévalence de l’obésité chez les patients défavorisés, elle-même liée à une alimentation plus déséquilibrée et à une moindre activité physique.
L’Association belge du diabète nous envoie des informations pour nous sensibiliser à ce problème et, bien qu'elle regrette l'absence actuelle d'un plan de lutte contre le diabète, elle souligne que les structures de soins liées au diabète sont de qualité dans notre pays, notamment sur le plan médical, où les personnes diabétiques bénéficient de la gratuité de l’insuline et de la grande majorité des médicaments antidiabétiques oraux, mais aussi via le passeport du diabète. Sous certaines conditions, les patients peuvent également bénéficier du remboursement de consultations de diététique et de podologie.
Grâce aux conventions d’autocontrôle, les patients bénéficient par ailleurs de la gratuité du matériel d’autocontrôle sanguin et ont accès à une éducation thérapeutique cruciale dans la gestion de leur diabète.
Enfin, via les trajets de soins du diabète de type 2, une nouvelle catégorie de personnes diabétiques bénéficie, elle aussi, d’une prise en charge forfaitaire du matériel d’autocontrôle et de la gratuité des soins médicaux.
Une approche intégrée de cette problématique est prise en considération dans le cadre du Plan "soins intégrés en faveur des malades chroniques". La vision défendue dans le cadre de ce plan vise une amélioration de la santé de la population par la mise en œuvre d’une intervention intégrée autour du patient. Au stade actuel, nous vous confirmons que la problématique du diabète fait partie des pathologies ciblées par les projets participant à ce plan. L’objectif final de ces projets est de permettre un mieux-être pour ces patients et une meilleure qualité de soins et ce, par le travail en réseau des prestataires autour du patient.
La prévention de cette pathologie est prise en considération dans le cadre des concertations que nous menons pour l’élaboration du Plan de santé bruxellois (PSB). Nous avons mis en place un groupe de travail sur la prévention, auquel participent la Cocof, la Cocom et la Communauté flamande. Ce groupe de travail est présidé par Mme Jodogne.
Étant donné que le diabète et le prédiabète sont liés à des facteurs tels que le surpoids, l’obésité ou encore le manque d’activité physique, nous avons pour objectif de soutenir la population dans l’adoption de choix éclairés en matière d’alimentation et de mode de vie moins sédentaire. Plusieurs programmes sont développés en ce sens, tant du côté de la Cocof que de la Communauté flamande. À titre d’exemple, la campagne "Manger-bouger", menée par l’asbl Question santé, qui délivre des informations sur la nutrition, propose des outils et des conseils pour manger mieux et bouger plus, ainsi que de nombreuses recettes.
Dans le cadre du décret de promotion de la santé, la Cocof élabore également un plan sur les attitudes saines, qui permettra d’identifier les interventions à mener dans ce domaine selon une approche intersectorielle. L’échéance de ce plan est prévue dans le courant de 2017.
Depuis le mois de juin, un groupe de travail de la CIM a été mis en place pour coordonner les actions en matière de nutrition, tant au niveau fédéral que dans les entités fédérées. Les attitudes saines et la prévention du diabète constituent aussi l'un des thèmes largement abordés dans le cadre des programmes de santé communautaires développés dans plusieurs communes : Forest quartiers santé, Entr'Aide des Marolles, asbl Les Pissenlits à Anderlecht, Réseau santé diabète dans les Marolles, ou encore dans les projets de santé communautaire des maisons médicales.
Il nous appartiendra d’être particulièrement attentifs à la détection précoce de ce type d’affection, afin d’éviter les conséquences importantes qu’engendre ce type de maladie à long terme, pour la qualité de vie du patient, mais également pour la santé financière de notre système de sécurité sociale. Nous aurons à cœur de cibler en priorité les populations à risque dans nos futures actions, et en particulier les patients plus vulnérables qui ont moins de ressources dans l’appropriation des messages de prévention et de promotion de la santé.
À noter qu’à ce stade, le Collège réuni n’a pas pris de décision concernant l’organisation de campagnes de sensibilisation et d’actions spécifiques en matière de prévention. Comme je l’ai souligné, la Cocof et la Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC) prêtent en effet une attention particulière au volet de la prévention des attitudes saines.
Une troisième intervention liée au diabète en Région bruxelloise tient aux trajets diabète, coordonnés par le réseau multidisciplinaire local bruxellois (RML). Dans le cadre des transferts de compétences prévus par la sixième réforme de l’État, Bruxelles hérite de l’organisation et du financement des RML. Il existe deux réseaux à Bruxelles : le réseau multidisciplinaire local Bruxelles (Cocom) et le "lokaal multidisciplinair netwerk" (VGC).
Le RML a pour objectif de promouvoir une gestion proactive et globale des maladies chroniques, afin d'éviter ou d'en limiter les complications. Dans ce cadre, les deux réseaux bruxellois collaborent à l’exécution et au suivi des trajets de soins en diabète de type 2, organisés par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami). En collaboration avec les médecins généralistes, ils reçoivent les patients, à qui ils dispensent des conseils, notamment en matière de diététique et d’hygiène alimentaire, et se chargent du suivi de leur dossier.
À titre d’information, le RML de Bruxelles financé par la Cocom a, à ce jour, accompagné un peu plus de 3.000 patients diabétiques. On observe que les chiffres bruxellois sont proportionnellement inférieurs aux données wallonnes et flamandes. Un élément d’explication serait un niveau de précarité plus important à Bruxelles et un recours moindre au médecin généraliste.
De manière générale, on observe que le travail de sensibilisation doit se poursuivre au niveau des professionnels. Nombreux sont ceux qui estiment que l’organisation actuelle des trajets de soins est relativement lourde à mettre à œuvre. Par ailleurs, les médecins généralistes doivent se réapproprier le suivi de la patientèle diabétique et l’éventail des traitements (oraux et injectables), travail qui se fait depuis des années dans le cadre hospitalier.
Le RML de Bruxelles travaille à lever ces différents freins et à faciliter les pratiques collaboratives. Il a par exemple récemment été à la rencontre de l’ensemble des centres hospitaliers ayant une convention diabète avec l’Inami et a planifié des actions de suivi : matinée de concertation, diffusion d’informations.
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Je ne m'inquiète guère pour la prise en charge du volet thérapeutique du diabète. Comme vous l'avez répété, nous sommes performants. Il existe des trajets de soins et des dispositifs qui sont au point, développés avec de grands professionnels de la santé.
Vous avez évoqué l'ensemble des plans de prévention, en faisant référence à ce qui se fait à la Cocof et à la VGC. Que vous abordiez ce sujet en Cocom prouve bien que la transversalité est à l'ordre du jour et qu'il y a une vision intégrée des compétences. C'est une excellente chose.
Une multitude de plans sont mis sur pied, tels que "Manger-bouger". Il sera intéressant d'en voir les effets sur le terrain, mais vous n'avez pas à répondre maintenant à cette question, qui relèvera d'ailleurs plutôt de votre collègue Mme Jodogne.
En tout état de cause, si la sonnette d'alarme que tire l'ABD concerne l'augmentation des cas, l’enjeu majeur est la prévention. Nous n'avons pas le choix : c'est à ce niveau que nous pourrons avoir une action déterminante en termes de santé publique. Les plans existent. Nous en attendons les résultats dans les années à venir.