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Sécurité des journalistes : rapport de l'UNESCO

Soumis par andredubus le
Question à Monsieur Rudy Demotte, Ministre-Président

M. André du Bus. – Un rapport de la directrice générale de l’UNESCO sur la sécurité des journalistes et le danger d’impunité vient de paraître. Il porte sur les cas d’assassinat de journalistes en 2014 et 2015. En dix ans, 827 assassinats sont à déplorer. Et je ne parle pas ici de tous les autres crimes tels que les enlèvements, la torture, le harcèlement, etc.

Voici quelques éléments saillants que j’y ai relevés. Sans surprise, la majeure partie des journalistes recensés a été tuée lors des conflits en cours en République arabe syrienne, en Iraq, au Yémen et en Libye. L’année 2015 a été marquée par une forte augmentation du nombre de journalistes en ligne tués, avec 21 cas d’assassinat contre seulement deux en 2014. Cependant, cette fois, ce sont les journalistes TV qui ont été les plus touchés par ces agressions mortelles alors que, lors de la dernière décennie, il s’agissait plutôt de journalistes de la presse écrite. Dans 90 % des cas, ce sont des journalistes locaux qui sont assassinés même si l’on a dénombré 17 victimes étrangères en 2014 contre quatre en moyenne les années précédentes. Les attaques contre les journalistes restent globalement impunies – à 92 % – et moins d’un cas de journaliste tué sur dix donne lieu à un jugement devant un tribunal. Seule note positive: sur 62 pays interrogés, 40 ont répondu aux demandes de l’UNESCO, contre seize réponses pour 59 pays lors du précédent rapport.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le rappeler, le 27 novembre 2012, tous les groupes de ce parlement ont adopté une résolution portant sur le respect de la liberté de la presse. Certes, la Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas compétente pour faire pression sur tous les États où sont perpétrés des assassinats contre les journalistes, mais, en tant qu’instance compétente pour les médias, il est de son ressort d’œuvrer à la liberté de presse et d’expression, tant en Belgique francophone qu’au-delà de ses frontières.

Monsieur le Ministre-Président, que vous inspirent les chiffres contenus dans le rapport de l’UNESCO relatif à la sécurité des journalistes? Qu’avez-vous fait en faveur de la liberté de la presse depuis ma dernière question à ce sujet en janvier 2015? Quelles ont été les démarches entreprises à l’égard des instances multinationales qui ont davantage de moyens de pression pour empêcher ces crimes?

Avant de vous laisser la parole, j’aimerais brièvement revenir sur le cas de la Turquie qui m’inquiète tout particulièrement. Si le rapport mentionne l’assassinat de trois journalistes en 2016, l’actualité quotidienne regorge de nouvelles inquiétantes pour la liberté de la presse. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer ici sur les suites inquiétantes que le président Erdogan a réservées au putsch manqué de juillet dernier. Selon l’association des journalistes de Turquie, 170 organes de presse ont été fermés, 105 journalistes placés en détention et 777 cartes de presse annulées depuis le coup de force du 15 juillet. Ce 7 novembre, ce sont encore neuf journalistes et responsables de Cumhuriyet, le dernier grand quotidien turc d’opposition, qui ont été placés en détention. Je viens d’apprendre que, ce week-end, le patron de ce quotidien a lui aussi été placé en détention préventive. Je trouve cela évidemment intolérable et je tiens à ce que toutes les forces diplomatiques convergent pour faire en sorte de faire respecter de nombreux droits de l’homme bafoués par ce pays, dont je rappelle qu’il ambitionne, jusqu’à preuve du contraire, de rejoindre l’Union européenne !

Monsieur Rudy Demotte, Ministre-Président. - Monsieur le député, vous les savez, la défense de la liberté de la presse est, depuis toujours, un des axes forts de l'action internationale de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

A ce sujet, le rapport de l'Unesco brosse, en effet, un tableau particulièrement alarmant pour le métier de journaliste, principalement dans les zones de conflit.  Et ce qui est frappant, c'est l'impunité quasi-totale que l'on constate puisque moins d'un cas de journaliste tué sur dix donne lieu à un jugement devant un tribunal.

Comme vous, je puis relever une note positive dans le fait que le rapport s'est amélioré deupis le précédent rapport puisque, sur 62 pays interrogés, 40 ont répondu aux demandes de l'Unesco.

Comme j'ai pu l'expliquer à plusieurs reprises ici, dans une optique d'efficacité, nos efforts se concentrent principalement sur les pays prioritaires de notre coopération.  Les cas du Burundi ou de la RDC sont parmi les plus emblématiques de notre capacité d'action.

Nous serons évidemment attentifs au soutien que nous pourrions apporter à toute initiative que la Directrice générale de l'Unesco pourra prendre en la matière.

Concernant plus particulièrement la situation en Turquie, nous sommes également alarmés et extrêmement inquiets du sort réservé à la presse indépendante, ces derniers mois.

Cette volonté manifeste de museler toute capacité critique dans le pays est, bien évidemment, en rupture avec les principes démocratiques qui fondent toute appartenance à l'Union européenne.

J'ai donc écris, voici plusieurs semaines déjà, à l'Ambassadeur de Turquie en Belgique à ce propos.  Malheureusement, ce courrier est resté sans réponse à ce jour.

Avec les associations internationales de journalistes, nous avons prévu, dans les semaines à venir, de soutenir les actions de résistance démocratiques qui s'imposent, en donnant la parole aux journalistes, médias et associations qui subissent la répression du régime Erdogan.

Ce soutien prendra la forme de relais systématique de messages sur nos canaux d'information, en particulier nos réseaux sociaux, ainsi qu'à travers l'organisation de colloques, auxquels seront invités les journalistes et intellectuels concernés.

M. André du Bus. – Je vous remercie, Monsieur le Ministre-Président, pour vos réponses qui montrent à tout le moins que vous partagez largement l’inquiétude qui est la nôtre. J’ignorais que vous aviez écrit à l’ambassadeur de Turquie. Je ne suis bien sûr pas étonné que votre missive soit restée sans réponse. Je vous invite donc à lui écrire à nouveau, car c’est le seul moyen de maintenir la pression.

Vous avez fait référence à la logique de répression du régime Erdogan. On ne peut que regretter qu’elle connaisse actuellement une courbe ascendante. Il y a deux ou trois semaines, j’ai eu l’occasion d’évoquer cette situation avec votre collègue, le ministre Marcourt, à propos de la situation des universitaires, des chercheurs et de l’ensemble du monde scientifique. Cette situation mérite une mission et j’en appelle donc au président de notre commission. Je souhaiterais que notre Parlement puisse envoyer une délégation parlementaire en Turquie pour qu’elle assiste à la comparution devant le tribunal des chercheurs et universitaires, prévue pour le 22 décembre. J’adresserai un courrier en ce sens à la Conférence des présidents.