Question à Madame Cécile Jodogne, ministre en charge de la santé
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Au mois de novembre revient sur le devant de la scène le sujet du diabète à l'occasion de la journée mondiale qui lui est consacrée. Les grands acteurs du diabète - la Fédération internationale du diabète (FID) et l'Association belge de lutte contre le diabète (ABD) - font le point sur la recherche et le dépistage en cette matière.
Je voulais profiter des deux communiqués qui ont été transmis par ces associations pour faire le point sur la lutte contre le diabète, le dépistage et les nouveaux moyens technologiques qui sont mis à disposition des patients diabétiques pour gérer au mieux ce problème de santé majeur. Plus de 600.000 Belges sont concernés par cette maladie, dont la moitié d'entre eux ignorent qu'ils sont diabétiques - en tout cas - de type 2, puisqu'il y a une grande différence entre le diabète de type 1 et de type 2.
La Journée mondiale du diabète est axée cette année sur les femmes. Le communiqué de la FID précise que, si les femmes ne sont pas davantage touchées par cette maladie chronique que les hommes, un certain type de diabète les concerne particulièrement. En effet certaines femmes enceintes, n'ayant jamais présenté cette maladie auparavant, souffrent du diabète dit gestationnel ou de grossesse. "S'il n'est pas contrôlé et traité, ce diabète peut augmenter le risque de fausse couche et de mise au monde d'un bébé trop gros et prématuré", explique l'Association belge du diabète.
Selon la docteure Vanessa Preumont, du service endocrinologie et nutrition des Cliniques universitaires Saint-Luc, "la prévalence de ce diabète de grossesse a fortement augmenté ces dernières années, car les méthodes de diagnostic se sont améliorées tout comme le suivi". Elle précise que les femmes souffrant du diabète de type 1, qui désirent avoir un bébé, doivent également "programmer leur grossesse pour garantir un équilibre complet (de leur maladie) lors de la conception et durant toute la grossesse". En ce qui concerne le diabète de type 2, qui est asymptomatique et sans douleur, poursuit-elle, si l'hyperglycémie (soit un taux de sucre trop élevé dans le sang) n'est pas traitée correctement, il y a un risque que certains organes en soient affectés et que des complications surviennent.
Le premier message que nous transmettent la FID et l'ABD à l'occasion de cette journée mondiale porte donc sur la nécessité de renforcer le dépistage du diabète dans un but de prévention. Le message n'est pas nouveau. Ces organisations le rappellent régulièrement.
Comment ont évolué les programmes de prévention et leur financement ? Quels résultats en attend-on ?
Le second message que nous transmet l'ABD à l'occasion de cette journée mondiale du diabète porte sur l'évolution de la gestion de la glycémie. Pour contrôler leur maladie, les patients diabétiques doivent surveiller leur glycémie. Jusqu'à présent, les patients devaient se piquer le bout du doigt, pour récolter une goutte de sang sur une bandelette réactive insérée dans un appareil. Comme le souligne Nicole Pirotte, chef de projets à l'ABD, ce système, assez contraignant et pas très agréable, peut provoquer des doigts insensibles ou douloureux.
Des méthodes innovantes sont ainsi apparues ces dernières années pour améliorer le confort des patients. Un capteur est remboursé entièrement pour ceux atteints d'un diabète de type 1, sous certaines conditions. "Un patch, de la taille d'une pièce de deux euros, est collé sur la peau. Par des contrôles fréquents, il donne au patient une tendance générale de sa glycémie", explique Mme Pirotte. Le patient peut lire les données récoltées via un lecteur. "Ce dispositif ne se fait qu'en accompagnement d'une équipe d'éducation et n'est disponible que dans les centres hospitaliers de diabète", poursuit-elle.
Par ailleurs, nous apprenons qu'un nouveau type de capteur de glucose est également testé dans des hôpitaux francophones, notamment Erasme à Bruxelles et le Grand hôpital de Charleroi. Ce capteur est totalement implanté sous la peau pendant trois mois et fournit au patient, sur son smartphone, un suivi en continu de l'évolution de sa glycémie et des alertes en cas de fluctuations dangereuses. Nous avons eu l'occasion d'entendre des patients qui témoignaient de la pertinence de ce dispositif implanté sous la peau.
Ces messages nous indiquent que l'évolution technologique est bien au rendez-vous et au service des patients diabétiques, améliorant ainsi leur confort quotidien. Il s'agit d'un message positif qui doit aussi être utilisé dans le cadre des campagnes de prévention et de dépistage du diabète. Je tenais à le souligner afin d'encourager les acteurs de la prévention, dont vous assurez le financement, à intégrer ces données dans leur mission.
(Applaudissements)
Mme la présidente.- La parole est à Mme Payfa.
Mme Martine Payfa (DéFI).- Le diabète de type 2 est évidemment un problème de santé publique majeur et en cela, nous rejoignons les préoccupations de notre collègue André du Bus de Warnaffe. Nous nous réjouissons en effet des avancées technologiques qui permettent aujourd'hui une meilleure qualité de vie des personnes diabétiques dans le cadre du traitement de leur maladie.
Cependant, il nous semble étonnant d'aborder ici cette question sous l'angle de considérations très techniques et à travers le prisme médical. En effet, depuis la Charte d'Ottawa, on sait que la promotion de la santé s'intéresse aux multiples déterminants de la santé. La plupart de ces déterminants se trouvent en dehors du système de soins proprement dit. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'a été élaboré le Plan stratégique de promotion de la santé 2018-2022 qui a été présenté en commission il y a quelques mois par l'administration et dont la qualité a été saluée.
C'est pourquoi nous serions ravis d'avoir votre point de vue sur la question, mais selon une vision résolument globale qui s'inscrit dans la philosophie, les principes et les stratégies de la promotion de la santé, compétence désormais portée par la Commission communautaire française.
(Applaudissements sur les bancs de DéFI)
Mme la présidente.- La parole est à M. Manzoor.
M. Zahoor Ellahi Manzoor (PS).- J'aimerais remercier mes collègues du Bus de Warnaffe et Payfa pour leur interpellation sur ce sujet. Le 14 novembre, se tenait la Journée mondiale du diabète. Cette année, une vingtaine d'hôpitaux francophones et bruxellois ont mené des actions de sensibilisation et d'information sur cette maladie chronique.
Aujourd'hui, 425 millions de personnes à travers le monde sont diabétiques et, en Belgique, elles sont 600.000. À Bruxelles, les chiffres pour certaines communes sont alarmants et dépassent la moyenne nationale. Le diabète est une maladie insidieuse. La moitié des diabétiques ignorent qu'ils le sont car les symptômes peuvent être légers voire carrément invisibles pendant une longue période. Dans la majorité des cas, le diabète est découvert par hasard quand la maladie est déjà bien installée.
Cette année, la Journée mondiale du diabète s'est centrée sur les femmes. Le diabète représente en effet une menace grave pour la santé de la mère et de l'enfant. Il affecte une naissance sur six et est lié à des complications pendant et après l'accouchement. Les femmes sont de plus en plus atteintes par le diabète gestationnel et nombre d'entre elles se heurtent à de multiples obstacles pour accéder à la prévention, à la détection, au diagnostic et au traitement.
La paupérisation générale fait qu'elles seront plus enclines à différer voire ignorer la possibilité d'être prises en charge de façon précoce, les exposant ainsi aux différentes complications possibles. Il s'agit, pour la mère, d'infections urinaires à répétition, d'hypertension voire de pré-éclampsie - une forme d'épilepsie - ou encore d'un accouchement prématuré. Pour l'enfant, les risques sont la macrosomie - peser plus de 4kg à la naissance -, l’hypoglycémie néonatale ou encore la jaunisse, syndrome de détresse respiratoire.
Tout comme mon collègue, je pense que la sensibilisation, la prévention et le dépistage sont cruciaux dans la lutte contre cette maladie. J'aimerais donc savoir quelles actions sont menées par le Collège afin de sensibiliser et d'informer la population, notamment les femmes enceintes.
Quelles sont les mesures prises pour agir en amont sur cette maladie en constante évolution ? Une approche genrée est-elle envisagée ? Des contacts sont-ils pris avec vos homologues de la Cocom ?
Ces dernières années, des méthodes innovantes sont apparues pour contrôler la glycémie. L'ancienne méthode consistant à piquer le doigt est bien connue. Depuis lors sont apparus de petits boîtiers à fixer deux millimètres sous la peau et qui font office de lecteurs. Dans le futur, on envisage d'utiliser des capteurs sous-cutanés permettant de contrôler la glycémie sur un smartphone. Ce dispositif est testé dans des hôpitaux francophones, notamment à Bruxelles. Savez-vous si ces dispositifs sont déjà mis en œuvre ou utilisés dans notre Région ?
(Applaudissements sur les bancs de la majorité)
Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- Je vous remercie de votre interpellation et des informations très techniques qu'elle contient. Je ne peux que me réjouir de ce que les développements technologiques contribuent à améliorer le dépistage et le suivi des patients diabétiques ainsi que leur confort. Ceci étant, dans le cadre de mes compétences, j'ai évidemment peu de prise sur ces questions techniques spécifiques.
Par contre, votre interpellation m'invite à présenter les actions menées et les moyens alloués à la prévention du diabète. Je le ferai à travers le prisme de ma compétence en promotion de la santé.
Le Plan stratégique de promotion de la santé 2018-2022 intègre la prévention du diabète de type 2 selon une double perspective : la prévention globale et continue d'une part, et l'action sur des déterminants spécifiques de cette problématique, d'autre part.
Le premier objectif thématique du plan consiste à contribuer de manière ciblée à prévenir les maladies non transmissibles. La première priorité liée à cet objectif accorde une attention particulière aux habitudes de vie : promotion d'une activité physique régulière et d'une alimentation saine, les deux principaux facteurs modifiables du diabète de type 2. Des actions sont déjà menées actuellement à ce niveau et plusieurs dossiers en réponse aux appels à projets traitant de cette question sont en cours d'analyse.
De manière transversale, le plan vise à réduire les inégalités sociales de santé, particulièrement présentes dans le cas du diabète. Le plan accorde également une place importante aux inégalités basées sur le genre, également bien documentées en matière de diabète. Cela répond à la question spécifique sur l'approche genrée de cette maladie.
On sait notamment que les femmes migrantes et ayant un niveau d'instruction bas sont particulièrement concernées par ce problème de santé. La littératie, en santé, joue également un rôle important pour un sujet comme celui du diabète. Il est important que les personnes à risque et les patients puissent s'approprier les informations utiles, comprendre les messages et prendre des décisions adéquates. À ce propos, je vous rejoins sur l'intérêt de partager des messages positifs, comme, ici, l'amélioration du confort et de la qualité de vie des patients.
J'en reviens aux actions soutenues par la Cocof dans le cadre du Plan de promotion de la santé. Les stratégies de santé communautaire ont montré leur efficacité en matière de prévention et d'appui à l'accompagnement du diabète de type 2 auprès des publics fragilisés.
Plusieurs projets développant ces stratégies sont actuellement financés par la Cocof. Le plus emblématique dans ce domaine est évidemment le Réseau santé diabète que vous connaissez bien. En dehors des compétences de la Cocof, les services de Promotion de la santé à l'école (services PSE) dépendant désormais de l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE) jouent un rôle essentiel.
Il me semble important de rappeler que le dépistage n'est pas organisé de manière systématique sauf dans le cadre du suivi prénatal, donc par le médecin ou via les consultations ONE. En dehors de ce cas de figure, le médecin généraliste ou spécialiste peut le proposer au patient s'il a connaissance de facteurs de risque.
Vous le voyez, le diabète de type 2 est abordé dans le cadre du Plan de promotion de la santé selon diverses portes d'entrée : celle des déterminants spécifiques et modifiables de cette problématique (l'alimentation et l'activité physique), celle des inégalités sociales et de genre et celle des stratégies adéquates pour lutter contre ce phénomène (favoriser la littératie et développer la santé communautaire). Je réponds ainsi à votre demande, Mme Payfa, de préciser cela au travers de l'approche promotion de la santé en fonction de ce qui est reconnu internationalement comme étant le plus efficace.
Je veillerai bien évidemment à ce que les propositions reçues dans le cadre des appels à projets en promotion de la santé articulent ces différents niveaux et intègrent les informations et les outils les plus à jour dans la lutte contre diabète, dont ceux que vous évoquez.
Quant aux moyens alloués, ils dépendront de la nature et de la qualité des projets en cours d'analyse et des décisions prises par le gouvernement dans les semaines qui viennent.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité)
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Bien que je ne l'aie pas évoqué dans mon interpellation et que l'ABD n'y fasse pas référence non plus, il est une revendication historique qu'il serait intéressant de réveiller, à savoir la mise sur pied d'un plan national de lutte contre le diabète. Un tel plan permettrait d'asseoir autour d'une table différents ministres et d'activer la transversalité.
Vous avez évoqué l'activité physique, les habitudes de vie, etc. Ce plan vous donnerait, par exemple, l’occasion de discuter avec vos collègues qui ont le sport dans leurs compétences pour examiner comment inciter plus systématiquement la population à exercer une activité physique quotidienne.
Nous savons que le réseau de santé fonctionne bien. Certes, il a toujours besoin de moyens supplémentaires. Je suppose que les agréments vont être accordés et que les moyens vont arriver. Je ne me fais pas de gros soucis de ce côté-là. En revanche, je suis plus préoccupé de savoir comment vous allez élargir vos actions en mobilisant davantage les compétences de vos autres collègues ministres.
En tant que ministre de la Qualité de la vie, Mme Fremault, ici présente, détient une compétence essentielle pour contribuer à la lutte contre le diabète. C'est le cas également de la ministre des Sports, etc.
Tous ces éléments plaident pour un élargissement et une prise en considération plus grande de la prévention grâce aux contacts que vous pouvez avoir avec d'autres ministres.
Je n'ai pas très bien compris l'intervention de ma collègue Martine Payfa. À aucun moment, je n'ai évoqué la possibilité que la Cocof soit compétente en matière de dispositifs technologiques ou médicaux, ainsi qu'ils sont qualifiés.
Je me suis borné à signaler que l'évolution technologique était un élément intéressant à intégrer dans les messages de prévention, parce qu'elle permet d'améliorer le confort des usagers. D'ailleurs, la ministre m'a bien compris à cet égard.
Mme la présidente.- La parole est à Mme Payfa.
Mme Martine Payfa (DéFI).- Indéniablement, l'approche de M. du Bus de Warnaffe s'est révélée très médicale et c'est tout ce que j'ai voulu indiquer. Il est bon de rappeler de temps en temps que les compétences que nous gérons dans le cadre de la promotion de la santé n'entrent pas dans ce cadre. La manière dont le texte est rédigé m'a incitée à exprimer ce point de vue, mais ce n'est qu'un détail.
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Attendez ! Je veux bien, mais soit nous sommes dans une tendance de transversalité permanente...
(Remarques)
D'accord. Je vous renvoie aux propos que j'ai tenus il y a trois jours en commission, où je n'ai parlé que de cela, et où la ministre a répondu sur l'ensemble des limites qui sont les siennes pour assurer cette transversalité. Soit nous nous inscrivons dans la réalité, c'est-à-dire en ayant recours à des acteurs de prévention, dont l'ABD qui est un acteur majeur de promotion de la santé en matière de diabète. Et dans ce cas, il faut écouter ces acteurs. Moi, je ne fais que relayer le fait qu'ils tirent la sonnette d'alarme, disant que plus de 600.000 personnes sont concernées, et forcément je suis obligé de faire référence à des éléments médicaux. Mais mon propos n'est pas de dire à la ministre de la promotion de la santé de s'occuper des soins médicaux ! À aucun moment, je n'ai dit cela.
Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- Concernant les relais, le plan de promotion de la santé contient les processus de concertation avec les autres ministres, tant au niveau bruxellois que fédéral. Par ailleurs, il existe des groupes de travail au niveau de la conférence interministérielle (CIM) santé, qui se réunissent tant par rapport aux attitudes saines qu'aux maladies chroniques. Là, bien sûr, différents intervenants sont concernés.