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Violence pendant et autour des matchs de football

Soumis par andredubus le
Question à Madame Fadila Laanan, Ministre-Présidente en charge du sport

M. André du Bus.- Le sport, comme longuement rappelé lors de la précédente interpellation, est, à l'égard de la jeunesse, un levier d'intégration puissant et performant. Mais il peut être aussi le révélateur de tensions larvées qui imposent alors un recadrage adapté.

À cet égard, la violence lors des matchs de football reste un phénomène interpellant. Récemment, les médias ont fait état d'un nouvel acte de violence particulièrement préoccupant lors d'un match de football amateur disputé entre le Football Club Suryoyés Bruxellois et le Football Club Jorez sport d'Anderlecht, des clubs de P4 de Neder-over-Heembeek et d'Anderlecht. Et ce match s'est malheureusement achevé par de graves faits de violence. Le président des Suryoyés a d'ailleurs témoigné dans la presse sur ces faits. Je le cite : "Ils étaient une cinquantaine à vouloir se battre. Comme j'essayais de protéger mes joueurs, ils ont également commencé à me frapper. On a finalement réussi à se réfugier dans la buvette jusqu'à l'arrivée de la police".

Ce président affirme également avoir fait l'objet d'insultes à caractère raciste. Le comportement de l'entraîneur du Football Club Jorez serait particulièrement visé par la plainte du président des Suryoyés, l'homme n'ayant apparemment pas arrêté de proférer des insultes et des menaces à caractère raciste, en faisant référence au génocide de 1915.

Une plainte aurait été déposée auprès de l'Union royale belge de sociétés de football-association (URBSFA) ainsi qu'auprès de la police.

Par ailleurs, le ministre en charge des Sports en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) allait assurer le suivi du dossier traité en lien avec la violence et le manque de fair-play durant les compétitions sportives, en particulier autour des matchs de football.

Ce dernier avait en effet annoncé qu'il allait contacter les autres ministres compétents ainsi que l'URBSFA et la Pro League afin de réaliser une campagne de sensibilisation contre la violence pendant les matchs de foot et signaler que des réunions seraient organisées à ce sujet dans le courant de cette année 2016. Il avait également expliqué avoir mis en place, dans le cadre de ce dossier, une collaboration entre son cabinet et celui du ministre de l'Intérieur compétent pour la loi football.

Par ailleurs, notre assemblée a organisé, l'année dernière, une série d'auditions autour de la promotion du fair-play et des valeurs démocratiques à travers le sport. Le sport a, en effet, un rôle à jouer dans la réussite du vivre ensemble. Les responsables de clubs auditionnés à l'époque ont tous évoqué le bénéfice en matière de cohésion que représente la cohabitation de jeunes d'origines sociales et culturelles différentes, en précisant, dans la foulée, qu'une des conditions de cette réussite était la qualité de l'encadrement. L'idée d'une formation du personnel encadrant et un projet de campagne de sensibilisation aux valeurs véhiculées par le sport ont été évoqués lors de ces auditions.

Où en sont les réunions prévues pour élaborer la campagne de sensibilisation annoncée ?

Où en est le projet d'assurer des formations du personnel encadrant ?

Qu'en est-il des contacts établis avec les ministres compétents, l'Union belge de football et la Pro League ?

Quelles suites ont-elles été réservées aux plaintes déposées ?

Peut-on envisager une mesure de sanction à l'encontre d'un club si ses membres adoptent un comportement violent lors d'une rencontre sportive ?

Vous êtes la ministre chargée des Sports à la Cocof. Vous n'êtes pas le ministre de l'Intérieur, vous n'exercez pas toutes les compétences du ministre des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles et vous n'êtes pas non plus responsable de la fédération sportive. Toutefois, un signal fort doit venir du monde politique pour faire cesser ces comportements - surtout lorsqu'ils sont le fait d'adultes responsables de jeunes - qui ternissent durablement les valeurs du sport et diffusent un exemple immoral auprès de la jeunesse.

M. Eric Bott (DéFI). - ...

Mme la présidente.- La parole est à Mme Laanan.

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Messieurs les députés, vous mettez le doigt sur une problématique pertinente qui a très récemment fait couler beaucoup d'encre dans la presse. En effet, le football est une discipline où les actes agressifs sont monnaie courante. Pas plus tard que dimanche dernier, des événements violents se sont à nouveau produits lors d'un match de football amateur au complexe sportif du Bempt et, il y a quelques semaines, ainsi que vous l'avez souligné, les médias ont rapporté une bagarre au complexe sportif du Petit Chemin Vert.

Ces violences autour et au sein des matchs de football doivent cesser. Si le ministre Madrane souhaite lancer une campagne de sensibilisation à cette question, je suis bien évidemment ouverte à l'idée d'y prendre part. J'attends d'être contactée pour la dimension bruxelloise du projet. Un rapprochement entre nos deux cabinets permettra certainement d'appréhender cette problématique très sensible.

Dans le cadre des budgets de la Cocof, je soutiens depuis plusieurs années l'asbl Prométhic, par exemple, qui a pour objectif de promouvoir et l'éthique et le fair-play dans la pratique sportive et d'y sensibiliser. Cette association, en partenariat avec l'Union belge de football, a travaillé avec les responsables des clubs pour mettre sur pied des formations, des séminaires et des événements de sensibilisation au fair-play et à la violence dans le sport. Ces actions ciblent toutes les personnes qui gravitent autour d'un match de football, car c'est en sensibilisant l'ensemble des intervenants que la situation est susceptible de s'améliorer.

Bien sûr, M. Bott, je ne suis pas opposée à des compétitions ou tournois tels que vous les évoquez. Je pense effectivement que c'est une manière de se connaître, de s'appréhender et, peut-être, de faire tomber des barrières incompréhensibles aujourd'hui.

Je soutiens également le projet Éducasport, porté par plusieurs associations du secteur de la jeunesse et du sport. Celui-ci a pour but d'envisager la pratique sportive comme outil créateur de convivialité, de rencontre, d'échange, d'éducation, d'insertion et de renforcement du lien social. Les responsables d'associations et de clubs sportifs qui s'inscrivent dans cette démarche peuvent bénéficier de formations, de conseils et d'un accompagnement dans leur projet éducatif. Dans ce cadre, le fair-play et les pratiques éthiques sont des sujets essentiels.

Par ailleurs, l'appel à projets Sport pour tous, que j'ai évoqué à l'occasion de l'interpellation de Mme Sidibé, a consacré un axe spécifique au fair-play dans lequel il a été demandé aux associations de développer des actions innovantes pour tenter d'en maximiser l'efficacité.

Un autre axe a été dédié au lien entre sport et éducation, afin de stimuler les clubs à développer des projets socio-éducatifs qui dépassent le périmètre purement sportif.

Par ailleurs, je constate que les clubs organisent de plus en plus des tournois récompensant des pratiques éthiques plutôt que se centrant uniquement sur l'aspect compétitif. Je ne peux que les encourager à poursuivre dans cette voie et à renforcer cette tendance.

Éviter de tels comportements agressifs ne se fait pas sans prévention. C'est pourquoi j'ai, par exemple, demandé aux fédérations sportives scolaires que je soutiens annuellement d'axer leurs programmes d'activités sur le fair-play.

Vous voyez, Messieurs du Bus de Warnaffe et Bott, que j'essaye de faire évoluer les mentalités avec les moyens dont je dispose.

Concernant plus précisément l'affaire FC Suryoyés bruxellois et le FC Jaurès Sport d'Anderlecht, je n'ai pas connaissance de la suite réservée à la plainte déposée auprès des instances de l'Union belge de football. J'imagine que nous en apprendrons davantage plus tard. Je pense cependant que de tels actes, qui n'ont pas lieu d'exister, méritent d'être sanctionnés. J'estime que les fédérations sportives ont également un rôle à jouer. Mon cabinet est d'ailleurs en train de travailler sur ce sujet avec les responsables du football bruxellois afin de fixer un plan d'action, s'il échet.

(Applaudissements)

Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Vous établissez des constats, formez des considérations et êtes en attente d'initiatives de la part du ministre des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles. J'entends bien qu'il existe une volonté de réelles sanctions à l'égard des auteurs de ces violences pas seulement verbales, et qu'on attend des fédérations sportives qu'elles prennent des initiatives en ce sens.

Je vais toutefois insister sur un élément : lors du travail d'audition qui s'est tenu en commission, plusieurs intervenants ont insisté sur la formation du personnel encadrant. J'insiste sur le fait que, de ce côté, il y a sans doute une initiative à prendre de façon plus volontariste du côté du collège de la Cocof pour assurer les financements, les objectifs et la logistique en la matière, afin qu'au final la violence dans le sport ne soit plus qu'un mauvais souvenir.

Commentaires

Béatrice de Meester (non vérifié)

Merci, Monsieur du Bus,
de vous préoccuper de cette situation dans le cadre du foot à Bruxelles. Il est urgent de s'occuper des jeunes qui sont trop souvent sans travail ni autre occupation et tombent dans la délinquance...jusqu'au "terrorisme" !. Le sport est justement un merveilleux motif de se surpasser et de se former aux règles citoyennes. Où sont les priorités du gouvernement ? .On parle de répression...mais le plus important est la prévention, l'éducation, faire sentir la joie de jouer avec "faire-play"et respect de toute personne. Offrir un" idéal" un "projet positif" aux jeunes et donner envie de grandir et de participer à l'amélioration de la vie des autres et de soi-même.En effet cela demande des animateurs bien formés...et de l'argent.Où sont les priorités ?

mar, 25 Oct 2016 - 11:58 Permalien