M. André du Bus. - Je tiens tout d'abord à saluer le travail fourni par le Collège réuni et le maintien de son budget à l'équilibre. Nous saluons ce budget engagé, qui réaffirme des politiques sociales fortes et des politiques d'aide aux personnes évoluant en fonction des besoins grandissants de la population.
Notre groupe a toujours plaidé pour une vision transversale de la santé, telle qu'initiée par le handistreaming de la ministre Mme Fremault. Pour combattre les inégalités sociales en santé, nous devons décloisonner les différents déterminants de la santé, pour adopter une politique globale du patient. Outre cette vision globale et transversale, nous plaidons pour une implication plus prononcée des citoyens dans la définition des politiques de santé.
Le 21 octobre 2015, nous avions écouté une première présentation du Plan de santé bruxellois. Différents groupes de travail ont ensuite été mis en place: maison de repos pour personnes âgées (MRPA)-maisons de repos et de soins (MRS), revalidation, médecine générale, santé mentale, etc. Un an plus tard, vous nous avez annoncé les trois axes principaux du futur Plan de santé bruxellois, ainsi que le renfort du maintien à domicile des personnes âgées.
Plusieurs questions se posent. Qu'en est-il des conclusions des autres groupes de travail, qui ne ressortent pas de ces trois axes? Je pense notamment au groupe de travail dédié à la prévention et à la promotion de la santé. Comment êtes-vous arrivé à l'identification de ces axes ? Par ailleurs, comment comptez-vous impliquer le citoyen dans l'élaboration et la déclinaison du Plan de santé bruxellois? Comme je l'ai déjà dit lors de mon intervention à la rentrée politique, la Fondation Roi Baudouin a mené une réflexion de fond très instructive et inspirante. Nous avons encore deux ans et demi pour concrétiser le plan et y intégrer cette vision, qui nous paraît essentielle. Pour ce qui est du troisième axe -le renfort du maintien à domicile des personnes âgées-, mon groupe politique restera attentif aux synergies internes à la Cocom et à ses différentes commissions.
Je pense notamment aux synergies entre le Plan de santé bruxellois et le futur plan pour la qualité de vie des personnes âgées annoncé par la ministre Mme Fremault. Il est primordial d'offrir une politique cohérente aux 156.106 Bruxellois de 65 ans et plus recensés en 2016 dans le rapport de l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale.
Nous saluons toutefois la volonté de travailler localement. Le quartier constitue le dernier repère géographique et social de la personne âgée. Dans la majorité des cas, une institutionnalisation implique un bouleversement de ces repères. Il est primordial de développer des projets de quartier, mais également d'impliquer les aînés dans leurs politiques de santé et dans l'amélioration de leur environnement, comme le suggère le réseau Ville amie des aînés et son projet, soutenu par la Fondation Roi Baudouin.
Nous nous réjouissons également de l'agrément de deux nouveaux centres de jour pour personnes âgées, ainsi que du renforcement du soutien aux centres de télévigilance, aux aidants proches et aux services de lutte contre la maltraitance des personnes âgées.
Mais je m'adresse à vous, monsieur le Ministre-Président, ainsi qu'à M. Vanhengel, dont la présence me réjouit au plus haut point. Comme au théâtre, l'expression de vos yeux et de toute votre personne montre que vous savez de quoi je vais parler : rien n'avance, en tout cas officiellement, en matière de double diagnostic. Cette situation devient franchement pénible et désespérante. Des contacts informels ont certes été pris pour tenter de la débloquer, mais il faut à présent qu'ils aboutissent, monsieur le ministre. Il est inconcevable qu'elle perdure. Le blocage est d'autant plus incompréhensible que tous les acteurs et rapports, sans exception, affichent une parfaite unanimité sur le sujet. Monsieur le ministre, cette question me fâche vraiment, sachez-le.
Par ailleurs, nous saluons le Collège réuni pour son engagement en faveur des politiques sociales destinées aux sans-abri et nous soulignons la pertinence des actions transversales menées par la ministre Mme Fremault. Grâce à sa double casquette de ministre des Affaires sociales et de ministre du Logement, l'accès direct au logement et l'accompagnement social qui doivent permettre de quitter la rue sont dorénavant possibles. Vous l'aurez compris, je fais allusion au programme Housing First. Il ne faut pas négliger le doublement du budget octroyé à ce projet, ainsi que le soutien apporté à d'autres structures, comme les centres d'accueil de jour ou les maisons d'accueil.
Outre les dispositifs d'urgence, il est indispensable de développer des politiques d'accompagnement.
Cependant, nous restons conscients que les besoins sont criants et qu'une humanisation du dispositif de lutte contre le sans-abrisme est primordiale.
Une action transversale et une concertation entre les différents niveaux de pouvoir sont également nécessaires. Il semble pertinent de créer une nouvelle conférence interministérielle portant sur ces thèmes et sur ces sujets, qui se situent à la frontière entre l'action sociale et la santé.
Les publics fragilisés ne sont pas exclusivement constitués de sans-abri. Beaucoup trop de familles bruxelloises rencontrent des difficultés financières et doivent faire appel à des aides sociales.
Comme le souligne le dernier baromètre social de l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale, environ un tiers des Bruxellois -30% pour être précis- vivent avec un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté. Nous saluons donc le million d'euros investi dans les services de médiation de dettes, qu'ils soient publics ou privés, afin d'éviter ce surendettement. Nous saluons également l'ouverture, en 2017, de quatre nouveaux centres, qui renforceront les centres de services sociaux de première ligne.
Nous faisons toujours confiance au gouvernement pour faire évoluer le dossier des allocations familiales.
Je rappelle que mon groupe politique souhaite une évolution en fonction du coût de l'enfant, c'est-à-dire en fonction de l'âge, tout comme d'une éventuelle affection physique ou mentale. Nous attachons une importance particulière aux publics fragilisés tels que les familles monoparentales. Nous attendons avec impatience les résultats de l'étude, ainsi que les différentes simulations.
Je terminerai cette intervention par l'une des thématiques les plus chères au groupe humaniste : le handicap. Le secteur est reconnaissant des 80 places supplémentaires pour les personnes porteuses de handicap, avec l'ouverture du centre d'hébergement et d'accueil La Maison bleue, le centre de jour Artos, ainsi que les projets de logements accompagnés Pas-à-pas et Huitième jour. Nous reconnaissons les efforts budgétaires constants en la matière depuis le début de la législature. Ces efforts tendent à poursuivre une politique d'inclusion de la personne au sein de la société même si, nous en sommes conscients, les besoins restent encore largement supérieurs à l'offre, qui ne cesse de croître.
Pour terminer, nous félicitons la ministre Mme Fremault pour la concrétisation de la charte handistreaming adoptée en décembre 2015 et les différents décrets et ordonnances qui en découlent. Pour rappel, le handistreaming constitue un bel exemple de politique transversale en matière sociale et de santé, puisqu'il se définit comme la prise en considération de la dimension du handicap dans toutes les politiques des pouvoirs publics bruxellois.
Nous saluons ces premières initiatives en matière de transversalité qui, je l'espère, constituent la première étape d'un long processus. J'avais d'ailleurs déposé naguère une proposition d'ordonnance visant à faire de la santé un concept qui soit décliné, comme le handistreaming, de façon transversale.
Je crois qu'il s'agit d'un sujet sur lequel nous pourrons travailler un jour. J'avais suggéré cette idée ici, ainsi qu'au Sénat, et me suis rendu compte à plusieurs reprises que les esprits n'étaient pas encore mûrs en la matière. Peut-être y parviendrons-nous un jour. Peut-être conviendra-t-il également de cibler davantage en la matière, car la santé demeure un concept trop large. Quoi qu'il en soit, faire de la politique de manière transversale répond à une nécessité, à une rationalisation des besoins et à un besoin d'efficience que tous les acteurs appellent de leurs vœux.
Au bilan de cette mi-législature, certains verront le verre à moitié vide, d'autres à moitié plein. En tout cas, il nous reste encore deux ans et demi pour atteindre nos objectifs. Tout est encore possible, nous devons continuer à travailler et mettre en commun nos efforts pour répondre aux attentes des Bruxellois et Bruxelloises.
Ce n'était un suspense pour personne, nous voterons évidemment ce budget.