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Où sont les amis du Congo ?

Soumis par andredubus le

Un dicton évoque la démangeaison de celui qui, après avoir passé une semaine au Congo, est dévoré par l’envie d’écrire un article sur le caractère inoubliable de son séjour. Le même dicton évoque la prudence de cet autre qui, après y avoir séjourné un mois, n’accepte que de répondre aux questions que ses amis lui posent. Quant à celui qui y passe une année, il prend la décision de se taire et d’écouter, sourire en coin, ce qu’en disent les deux autres.

Une façon de traduire l’immense complexité d’un pays qui se nourrit de tous les extrêmes et de tous les superlatifs.

Je ne suis jamais allé au Congo.

Ce dicton doit-il me condamner au silence ? Le Congo m’est-il pour autant à ce point étranger?

Bien sûr je traverse régulièrement, comme tant de Bruxellois, ce coin coloré et chantant d’Ixelles qu’est devenu au fil des décennies le quartier de Matongé, à quelques centaines de mètres de mon domicile. Mais cela me-suffit-il à me rendre beaucoup plus proche des Congolais ? Je ne le pense pas.

Chaque jour les médias me tiennent informé de l’évolution de la situation politique de ce pays, ou, pour être plus précis, de la succession des retournements de situation. Mais ces informations réussissent-elles à déclencher, chez moi, une réaction militante à la hauteur des enjeux en présence ? Pas vraiment.

Or, c’est vrai, mes collègues parlementaires d’origine congolaise partagent régulièrement leurs inquiétudes, tant sur la fin de l’ère de Joseph Kabila que sur la période de transition qui devrait s’ensuivre. Je les écoute avec respect, avec attention, avec une amitié réelle. Je perçois le bien-fondé de leurs inquiétudes. Mais, au vu de la succession des rebondissements que connaît cet éloigné pays et du sentiment d’impuissance qui me traverse, les inquiétudes de mes amis demeurent finalement étrangères à mes préoccupations politiques. ...Suis-je normal ?

Et donc, force est de constater que tous ces éléments me mobilisent assez peu.

Alors j’examine la ligne du temps de mon histoire familiale. Y aurait-il l’un ou l’autre élément qui serait de nature à me faire vibrer, à justifier la pose d’un geste politique de solidarité ? Deux anecdotes émergent. La première porte sur un très bref détail de la vie de mon grand-père. Rendant visite, au milieu des années cinquante, à son fils -mon oncle- vivant au Katanga avec sa famille, il accepte de goûter à l’aventure de la découverte d’un fleuve. Seule embarcation disponible, une pirogue. Mon grand-père aimait la bonne chère (et le bon vin). Son embonpoint était donc qualifié de certain. Or, comme chacun le sait, toute pirogue a comme limite le diamètre d’un arbre. Ici le diamètre utile se voyait réduit à une cinquantaine de cm. La coque dut être écartée manu militari pour laisser mon grand-père y choir prestement. A la fin de la ballade, le problème fut de l’en déloger. Il fallut le recours d’un cric pour écarter les bords de la pirogue qui prenaient les allures de réelles mâchoires. Rien d’extraordinaire donc, mais une de ces rares anecdotes qui se transmettent de génération en génération et qui illustrent le lien ténu entre un bref passé colonial et le passé familial.

La deuxième anecdote porte sur une Saint Nicolas. Non, je vous arrête ! Rien à voir avec un Père Fouettard ! C’était au milieu des années ‘60. Une de mes sœurs découvrit, le matin d’un six décembre, au pied de la cheminée de notre grande tante, une poupée. Banal me direz-vous. Oui, mais la poupée était noire! Surprise totale… étonnement, et, rapidement, ravissement. Non seulement la diversité s’invitait au coeur de notre intimité familiale, mais elle trôna progressivement comme la plus chérie des poupées de mes trois sœurs. Ces dernières étaient à mille lieues d’imaginer, à l’époque, le caractère visionnaire du grand saint.

Car, oui, vingt cinq ans plus tard, l’une d’entre elles, Gaëtane, donna le jour à un superbe bébé métis, fils du Dr Pascal Mwalaba, médecin initiateur de la première maison médicale orientée santé mentale dans le quartier Matongé, et décédé beaucoup trop tôt au début de ce millénaire. Guillaume, mon neveu direct donc, est le fruit d’une rencontre de deux cultures, de deux civilisations. Somme toute, de deux tribus distinctes.

Nous sommes donc passés de l’anecdote aux liens de sang. Des liens qui m’interdisent de considérer désormais que le Congo reste uniquement l’affaire des Congolais, à mille lieues de mes préoccupations quotidiennes. Serais-je le seul dans cette situation ? A l’heure où les métis, ces belges d’origine pour moitié congolaise qui ont maintenant cinquante, soixante ou septante ans, réclament l’accès aux documents qui témoignent de la vérité de leur histoire… A l’heure où la recherche de la vérité et le souci de la transparence animent tant de mes compatriotes, je me pose les questions suivantes : Existe-t-il encore une conscience de l’héritage que nous a laissé le Congo, souvent bien malgré lui ? Où se rassemblent ceux qui militent pour restaurer la paix et la démocratie au sein d’un pays qu’aucun qualificatif n’a réussi à illustrer avec suffisamment d’éloquence et de justesse ?

En un mot comme en cent, où sont les amis du Congo ?

André du Bus

Commentaires

georges (non vérifié)

Cher monsieur du Bus,
Je peux vous inviter à consulter le site de Mémoires du Congo, dont je fais partie et qui se donne pour tâche de faire (mieux) connaître le Congo colonial (État Indépendant du Congo de Leopold II d'abord, colonie belge ensuite jusqu'au 30 juin 1960. Il s'agit de tout un pan de
notre histoire que des esprits bien pensants tentent de revisiter a l'aune des valeurs d'aujourd'hui, quitte à tordre le bras aux faits.
Nous tenons un forum ce vendredi 16 décembre dans les locaux annexes du Musée Royal de l'Afrique Centrale. Si vous le souhaitez, vous êtes cordialement invité à y participer. La réunion débute à 10:00 et se termine a 12:00.
Cordialement,
Marc GEORGES

mar, 13 Déc 2016 - 18:45 Permalien
Chantal Noël (non vérifié)

Cher André, Bravoooooooo!
Oui,je souffre avec mes frères et soeurs congolais de là bas! Il n'y a pas un jour qui ne voit arriver sur mon gsm ou mon PC un message d'amitié depuis les 2 années partagées avec eux en 2013 et 2014.
Mais aussi des appels au secours...ou des longs silences motivés par la peur (surtout des amis du Burundi).
Je suis de près "dynamique-Congo" avec Vital Barholéré, candidat aux élections provinciales,réfugié en Belgique avec sa famille.
Chantal Noël

mar, 13 Déc 2016 - 19:35 Permalien
Liliane STANER (non vérifié)

Petite anecdote, j'ai eu moi aussi une poupée noire , elle s'appelait Nicole. Je crois que c'est moi-même qui l'ai choisie au magasin.

mar, 13 Déc 2016 - 20:08 Permalien
Dispaux Cornil… (non vérifié)

Des amis du Congo, j'en suis. Je m'y suis mariée et j'y ai vécu des années magnifiques face au fleuve superbe, à Bumba. Mon mari y a été scout, c'est un souvenir magnifique et mon ainée y est née aussi.
Tous mes voeux pour tous ces amis.

mar, 13 Déc 2016 - 21:37 Permalien
BOONE Christian (non vérifié)

Une excellente initiative Andre,
Tant de " n" importe quoi 2 qu"on colporte du Congo.
Pour les Belges le Congo et ses habitants font partie de notre histoire.
Pour mes predecesseurs,lignes co-laterales il y avait des BOONE.O0fficiers de l2 armme
anti-esclavagiste.Tip-o-Tip.La terreur arabe qui venait raffle les jeunes hommes et jeune
femmes.Marchandises |.\.\a vendre e>a.au Anglais et Francais des Colonies de l" ouest Africaib.
De la vers lesw` Ameriques.Nous Belges etions anti esclaves.A Bunia j2 ai encore vue une vieille dame
congolaise a plateau..Tant de souvenir,aussi plus recent e,a.la Campagne ele3ctorale de LUMUMBA. Au 16 decembre a Tervueren. Christian

mar, 13 Déc 2016 - 22:09 Permalien
André du Bus (non vérifié)

Cher Monsieur Georges,
Je vous remercie de cette intéressante information. Nous sommes en séance plénière ce vendredi, avec les votes du budget. Impossible donc de vous rejoindre mais je ne manquerai pas de consulter le site auquel vous faites référence et de reprendre contact avec vous.
Cordialement,
André du Bus

mer, 14 Déc 2016 - 00:04 Permalien
Joris (non vérifié)

Cher Monsieur du Bus

J'ai fort apprécié votre prose et vous en félicite. Bien souvent mes pensées s'envolent vers ce pays au potentiel si grand, mais qui ne réussit pas à décoller vers le niveau de développement auquel il pourrait espérer prétendre. Il m'arrive d'imaginer ce pays un jour équipé de TGV ...

Bien cordialement,
Serge Joris.

mer, 14 Déc 2016 - 17:25 Permalien
Philippe Dehennin (non vérifié)

Cher Monsieur du Bus,

Les liens qui nous unissent au Congo sont indissolubles. Les Congolais sont nos amis et le resteront toujours. Il est dommage que nos deux pays, qui peuvent tant apporter l'un à l'autre soient régulièrement bloqués dans leur dynamique de rapprochement -pourtant si naturelle- par des positions politiques qui -de part et d'autre- contrarient la volonté des entreprises et des populations. Vivent la RDC et la Belgique, l'amitié, la complicité qui lient nos deux peuples qui ne font qu'un.

jeu, 15 Déc 2016 - 09:15 Permalien
Jacques Leblanc (non vérifié)

Je partage ce qu'il est dit de ce Congo lointain et à la fois si proche. J'ai eu le privilège de me rendre deux fois dans ce grand pays pour la fondation d'une école d'éducateurs, j'y ai rencontré des femmes et des hommes souvent pauvre et en même temps tellement accueillants et généreux....
JL.

jeu, 15 Déc 2016 - 11:04 Permalien
Guilmain Françoise (non vérifié)

Je suis née il y a 80 ans à l'Equateur. J'ai aimé vivre là comme une petite fille puis comme une jeune fille et enfin comme épouse et mère au kivu. J'ai parlé lingala, puis swahili et même mushi. J'ai aimé mon pays et je l'aime toujours autant. Je me sens prèsque plus congolaise que belge et j'ai si souvent si mal pour mes soeurs au Kivu Merci à vous Docteur Mukwege

jeu, 15 Déc 2016 - 18:16 Permalien

Cher Monsieur du Bus,

Ce n'est que bien tardivement que je réponds à votre message.
Je suis l'administrateur délégué de l'UROME, une fédération rassemblant surtout, mais pas seulement, des associations de coloniaux. deux de nos associations membres sont congolaises, dont une en RDC. Il n'y a donc pas que des nostalgiques. Ce qui anime toutes ces associations est un amour profond pour le Congo.
Un de nos objectifs est d'améliorer nos contacts avec la diaspora (les diasporas) congolaise.
A vous lire, je crois que nous pourrions y œuvrer ensemble.
Je serais ravi de pouvoir vous rencontrer à ce sujet.

jeu, 29 Déc 2016 - 13:54 Permalien
Slégers (non vérifié)

Monsieur du Bus,

Merci de votre réflexion sur nos amis Congolais. Pourquoi certains souhaitent-ils qu'ils atteignent notre niveau supposé de développement ? N'est ce pas plutôt à nous à les rejoindre dans ce qu'ils ont d'humanité, de solidarité, d'humour , de bon sens, en tous cas pour ceux qui vivent hors des villes .
Philippe Slégers.

ven, 6 Jan 2017 - 11:54 Permalien