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Le micro tendu au citoyen est-il porteur d’une nouvelle conscience citoyenne ?

Soumis par andredubus le

Carte blanche, parue dans L'Echo ici

Le micro tendu au citoyen est-il porteur d’une nouvelle conscience citoyenne ?

La marche du monde ne connaît aucun frein. Chaque journée est porteuse à la fois d’espérance et de désolation. Entre ces deux extrêmes vient se loger l’urgence d’une question partagée par tous ceux qui refusent le fatalisme : comment susciter l’émergence d’une nouvelle conscience citoyenne, porteuse de valeurs communes, rassemblant les pans les plus épars de nos populations multiples et éclatées ? Question aussi complexe que fondamentale, qui donne lieu à des initiatives diverses et propres à chaque institution, responsabilisant et impliquant toujours plus le citoyen. L’Éducation lance ses cours de citoyenneté, le monde médical rend le dossier médical toujours plus accessible au patient, la Justice multiplie les formules de médiation, le politique renforce les processus de démocratie participative… et les médias tendent de plus en plus leur micro aux citoyens qui deviennent acteurs de l’actu. Tout cela avec plus ou moins de succès. Normal. Certaines initiatives sont-elles contre-productives ? Renforcent-elles le populisme ambiant ? La question mérite d’être posée. En l’occurrence à propos de certaines émissions radio.

C’est dans ce contexte spécifique, et sur des sujets particulièrement clivant (par exemple la décision du Secrétaire d’État de ne pas appliquer la décision de Justice à propos des demandeurs d’asile) que la parole du citoyen rendue publique par médias interposés prend un sens particulier. Car, répondant au principe de l’éducation par les pairs, le micro tendu aux citoyens est porteur de vérités a priori déjà partagées. C’est toute la dynamique de l’émission « C’est vous qui le dites » sur Vivacité, une émission précisément bâtie sur l’opinion des auditeurs, à propos de sujets chauds. Une émission pleine de rebonds, mêlant les genres entre animateur radio et les journalistes présents, censés cautionner les enjeux en donnant leur avis d’expert. Après une heure et demi d’audition d’une de ces émissions dont la partie la plus importante fut consacrée aux réactions à la décision du Secrétaire d’État, je suis resté stupéfait par l’impression générale qui se dégageait de la formule d’animation : la population soutient massivement Théo Franken dans son refus d’obtempérer à une décision de justice. Soit. Je prends donc bien conscience de cette réalité. Mais pourquoi l’émission reste-t-elle brute de décoffrage, sans aucun décryptage, malgré la mise en perspective intéressante des journalistes en début d’émission ? Selon moi, cette carence journalistique rapproche cette démarche davantage d’un accélérateur de populisme que d’une mission de service public, censée susciter la réflexion en éclairant l’auditeur sur les enjeux en présence.

Alors, mon propos n’est pas de dire que cette émission de Vivacité est dénuée d’intérêt ni qu’elle est exemplative des nombreuses émissions qui donnent la parole au public, mais elle illustre – à mon sens – les risques d’instrumentalisation que génère ce type de formule.

On connaît par ailleurs les choix difficiles auxquels se trouve confrontée une chaîne publique : maintenir des parts d’audience sans tomber dans le populisme en assurant une programmation à la fois divertissante, intéressante et instructive ; s’adapter aux nouvelles technologies en investissant dans les réseaux sociaux tout en ne succombant pas à la logique de l’information simpliste et elliptique ; assurer une représentation équilibrée de la diversité des courants d’opinions tout en ne tombant pas dans une forme de neutralité apathique ; faire montre d’une image dynamique en utilisant les codes d’une communication branchée tout en restant accessible à tous ; tenir compte enfin d’un cadre budgétaire qui reste limité par l’apport de la dotation publique lié à un contrat de gestion et couplé aux recettes publicitaires.

Malgré toutes ces difficultés, nous pouvons nous enorgueillir de bénéficier d’une chaîne publique, la RTBF, dont la qualité de production est reconnue de façon unanime et sans équivoque. Tant sur le plan national qu’international. Nous en sommes fiers. Mais la formule de « C’est vous qui le dites » pose question.

Il serait faux de considérer que la scène se résume à un acteur face à ses auditeurs. Entre les deux s’interpose le journaliste ou l’animateur radio, dont le rôle est fondamental. Il ne peut se contenter d’être le notaire du propos énoncé. Il pose la question, il abrège, il demande une précision, il renvoie la balle, il résume et il retient l’une ou l’autre idée de façon à relancer le débat, la réflexion. Bref, celui qui gère le micro détient un pouvoir d’orientation et d’influence déterminant, à la limite de l’instrumentalisation. Car le journaliste ou l’animateur radio a aussi son opinion. En professionnel qu’il est, sa tâche tient précisément à garder celle-ci entre parenthèses afin de servir au mieux l’intérêt de la réflexion. Cependant, conscient aussi de l’importance de l’enjeu, la tentation peut être parfois grande de faire place aux thèses qui rentrent en convergence avec ses convictions. Surtout si le bon mot est au rendez-vous…

Mais le bon mot et le micro tendu suffisent-ils à renforcer la conscience citoyenne ?

André du Bus

Commentaires

Liliane STANER (non vérifié)

Lorsque les citoyens se mobilisent pour une cause, je dis " mobilisent " lorsqu'ils ne parlent pas seulement devant un micro .. c'est à dire lorsqu'ils agissent, avec pugnacité, ténacité, je dirais même, presque avec une certaine naïveté, ils peuvent faire capoter un projet qui a été décidé par les élus, les élus qu'ils ont eux-mêmes choisis. Je fais référence ici à la construction d'un incinérateur pour brûler les déchets du Brabant flamand à DROGENBOS
( une ville comme TIENEN à 80 Km de Bruxelles ) et qui suivant les vents dominants aurait pollué Bruxelles. Nous avons pu après un combat qui a duré 8 années, et avec de nombreuses actions judiciaires, gagner à la fin ( en Cour de cassation )
Je voudrais aujourd'hui attirer votre attention, sur les boues rouges, que déverse l'usine de GARDANNE ( bauxite) dans les calanques à Marseille. Manuel Valls a prolongé le permis de déverser ( les Calanques sont inscrites au Patrimoine Mondial de l'UNESCO ) Des habitants se mobilisent, encore une fois la lutte sera âpre, sans doute longue et compliquée !
Vu les intérêts des promoteurs immobiliers, la loi LITTORAL est aussi à défendre ! On veut apporter des amendements . Aidez-nous. Signez la pétition en ligne. merci à tous.
LILIANE STANER

dim, 29 Jan 2017 - 17:57 Permalien

Le problème devient très politique lorsqu'un Referendum, même pas obligatoire , précipite une décision soit disant populaire, donc péremptoire, pour aboutir au Brexit..
.A quoi servent encore les institutions démocratiques ?
Les représentants du Peuple sont donc écartés au profit de l'homme de la rue qui ne comprend que rarement la complexité des problèmes...

La démocratie n'est plus qu'un grand sac fourre-tout, mais peu efficace, donc peu respectable. Il faudrait inventer mieux!

mer, 18 Jan 2017 - 19:50 Permalien
Daniel Verbist (non vérifié)

Cher André,
Je ne peux qu'être 100% 'accord avec toi. Dans un domaine connexe, j'ai souvent pris la plume pour commenter l'un ou l'autre article du Vif. Toujours de manière extrêmement nuancée. Mais en donnant parfois un éclairage personnel. Par exemple, dans le débat sur le vote électronique car j'étais directeur de la communication de Bull tout au long du projet de lancement de ce projet. Je n'ai jamais cité mon employeur ni ma fonction. J'ai simplement dit que j'avais participé à ce projet. Dès ce moment, les commentaires sont devenus injurieux, mettant même en cause le fait de pouvoir donner mon opinion puisque j'étais catalogué comme "inféodé". D'autres exemples ont clairement démontré qu'il n'y a aucune place pour le dialogue dans les forums mais beaucoup pour la confrontation "dure" (sans écoute de l'autre). Je comprends donc très bien pourquoi Roularta a clos la possibilité de commenter ses articles et je m'en désole. Mais peut-on tolérer ces torrents de haine et d'incompréhension ? Vaste question. Et "politique" s'il en est.
Cordialement. Daniel.

mer, 18 Jan 2017 - 20:22 Permalien
de hemptinne Barbara (non vérifié)

Bravo et merci pour le partage de votre pertinente analyse.
Elle nous permet à nous, citoyens, de mesurer l'ampleur de la subjectivité et manipulation des ( volontaire ou non) des médias. Même si nous le savons fort bien, un rappel, bien écrit comme le vôtre n'est jamais de trop. Le "hic"..., le grand regret ; trop peu de citoyens ont la chance de vous lire pour tenter d'acquérir cette compétence en esprit critique devant les médias et les avalent...tout cru. Avec toutes les dérives qui s'en suivent....

Merci pour votre investissement politique!

jeu, 19 Jan 2017 - 08:58 Permalien
Cogels sabine (non vérifié)

Cher André,
Merci pour cette pensée construite de façon libre, nuancée et qui ouvre à la réflexion.
Ce serait un magnifique sujet de dissertation et je ne manquerai pas de partager ton texte avec les professeurs qui enseignent le français et les sciences sociales dans l'école où je travaille.
Le experts ont , en effet, été peu à peu écartés de la scène médiatique. En lieu et place des émissions qui "élèvent", la mode est à la la télé-réalité.
La médiocrité plaît, dans le court terme du moins.
Pourtant, j'entends auprès de nombreux jeunes le désir d'être accompagnés sur le chemin d'une nouvelle conscience citoyenne. Ton texte y participe, ne les laissons pas dans l'amertume comme le leur a dit Obama avant de quitter son mandat présidentiel.
Ou bien ne serait-ce pas ces jeunes qui nous montrent le chemin ?
Merci pour ce partage,
Sabine

sam, 21 Jan 2017 - 14:09 Permalien